Le Programme Parmenides : l’avenir

Intervention, 26 juin 2008 - Conférence "Vers un espace scientifique méditerranéen"


 

Madame, Messieurs les Ministres,

Messieurs les Ambassadeurs,

Messieurs les Conseillers,

Mes Chers Confrères,

Mesdames et Messieurs,

Les conclusions des ateliers de cette première conférence scientifique visant à la création d’un Espace Méditerranéen de la Science illustrent bien à la fois les principes fondateurs et les principes d’action du GID (Groupe Inter-académique pour le Développement).

Reposant sur l’excellence et l’indépendance des académies, sur une vision interdisciplinaire et intégrée du développement et une démarche internationale, les principes d’action du GID visent à promouvoir :

  • L’adaptation du savoir et de sa pratique aux réalités du terrain,
  • L’appropriation des connaissances , finalité essentielle de toute stratégie d’éducation et de développement,
  • L’intégration du savoir , associant aux connaissances scientifiques et techniques interdisciplinaires, les dimensions économiques, juridiques et socioculturelles de leur application.

L’ambition dominante étant de renforcer les liens entre la science, les pratiques professionnelles et les attentes sociales selon les attributions des académies : partage des savoirs sous le signe de l’excellence, de l’impartialité et de l’indépendance.

A l’initiative de l’Académie des Sciences de l’Institut de France, le GID s’est initialement constitué autour d’un noyau fondateur associant à 5 grandes académies nationales (Sciences, Technologies, Médecine, Agriculture, Sciences Morales et Politiques), plusieurs académies étrangères : Academia Nazionale dei Lincei de Rome, Académie Hassan II du Maroc, Académie d’Espagne, la Bibliothèque Alexandrine). Plus d’une dizaine d’académies ont, à ce jour, manifesté leur souhait d’association.

Devaient naître des premières rencontres la volonté d’agir sur l’une des dimensions essentielles des grands programmes de développement : celle de la nécessaire excellence des cadres scientifiques et techniques chargés d’assumer leur exécution et leur pérennité et surtout leur continuité. Naissait alors le programme inter-académique "Sciences, Métiers et Sociétés" dont les premières réalisations ont été concrétisées par la tenue d’ateliers internationaux à Belgrade, Rabat, prochainement à Bamako, Dakar sur les thèmes de l’énergie de l’alimentation ou de l’économie de la santé.

Le soutien apporté à cette initiative, par de nombreux pays méditerranéens, nous a vivement incité à promouvoir le projet d’un Espace Méditerranéen, organisé autour de 2 structures convergentes. Le Programme Parmenides et le Réseau Inter-académique Méditerranéen.

Les objectifs globaux de ce projet sont :

  • de promouvoir et de renforcer l’identité scientifique d’excellence de la région méditerranéenne.

Dans ce contexte, les Académies des Sciences peuvent constituer, par leur excellence, leur diversité d’expertises, leur indépendance, un premier socle, en association avec les universités, les organismes de recherche et instances régionales concernées, socle représentatif des communautés scientifiques de la région méditerranéenne.

Un premier succès vers l’émergence de jeunes académies a été remporté avec la création officielle, par décret du 28 juillet 2007, de l’Académie des Sciences du Liban.

  • Utiliser la science comme vecteur permanent du développement et du progrès social et économique. Développer grâce aux programmes Sciences Métiers et Sociétés des réseaux d’animation scientifique et de réflexion stratégique sur les grands enjeux du développement régional : eau, environnement, alimentation, santé, etc.
  • Promouvoir, dans ce contexte, une stratégie d’interaction permanente et de dialogue sociétal.
  • Jouer, dans cet espace, un rôle essentiel de pivot entre tous les pays riverains de la méditerranée sans oublier son Sud, Moyen Orient et Continent Africain en renforçant la collaboration et les échanges permanents. A cet égard, l’adhésion et le rôle actif de l’Académie Nationale des Sciences du Sénégal sont particulièrement significatifs.

La première conférence qui s’achève aujourd’hui marque une étape essentielle dans la réalisation de ces objectifs. On me permettra de remercier ici tous ceux qui ont contribué au succès de cette rencontre, la Fondation Maison des Sciences de l’Homme et notamment Jean-Luc Lory, l’ensemble des organismes de recherche français et méditeranéens qui ont joué un rôle essentiel dans la programmation scientifique, le secrétariat du GID, Jacques Fröchen et Isabelle Thomas, le Comité de Pilotage et les coordinateurs des ateliers Jean-Louis Duclusaud et Abderrahim Lachgar.

Nous devons une particulière gratitude à la mission pour l’Union de la Méditerranée et notamment Mme le Recteur Michèle Gendreau-Massaloux et le Ministère des Affaires Etrangères pour son soutien personnel.

Après cette conférence initiale consacrée aux grands thèmes des ressources agricoles, ressources halieutiques, du développement durable et des changements climatiques, deux autres conférences internationales sont projetées dont l’organisation a été inspirée par les souhaits exprimés par de nombreux pays méditerranéens concernant :

  • la Santé qui sera organisée à Rome en juin 2009 sous l’égide de l’Académie de Lincei (Professeur Edoardo Vesentini) ;
  • la diversité biologique et culturelle organisée à Alexandrie sous l’égide de la Bibliothèque Alexandrine (Professeur Ismaïl Serageldin).

Il est envisageable que ces 3 conférences, qui constitueront l’architecture du programme Parmenides , puissent déboucher sur un Forum Méditerranéen de la Science, avec la participation des Ministres de la Recherche et le lancement du programme Parmenides selon les modalités des programmes de l’Union Européenne, par exemple de type ERAnet plus.

Nous souhaitons également que cette initiative se développe en harmonie avec les organisations inter-académiques européennes, l’ALLEA dont je salue le Président Juri Engelbrecht et l’EASAC.

Quels grands messages peut-on retirer de cette première rencontre. Tout d’abord, la participation quasi unanime des pays méditerranéens (21 pays représentés) et de leurs académies, 17 académies présentes témoigne s’il en était besoin de la pertinence de cette démarche et du besoin qui a été ainsi exprimé d’une réflexion stratégique collective.

Chacun a bien perçu que redonner une grande ambition scientifique à cette région du monde qui fut le berceau de nos civilisations et reste le conservatoire unique ou patrimoine de l’humanité de la création culturelle et artistique, mais aussi scientifique, ne peut procéder que d’une démarche associant l’ensemble des volontés et des talents nationaux. Le challenge est considérable. En dépit de la qualité de ses ressources humaines, la région méditerranéenne ne contribue que faiblement aux échanges mondiaux dans le domaine des Sciences et des techniques, moins de 4 %. L’investissement RD représente moins de 1 % du PIB. Les brevets représentent moins de 0.5 % des brevets mondiaux et les échanges intra régionaux restent très limités.

On voit bien tout ce que la construction d’un espace de la science, reposant sur des coopérations et des solidarités tissées par des actions concrètes, pourrait représenter comme moteur essentiel du développement.

On mesure aussi combien, au-delà des spécificités nationales, une véritable union de projets peut contribuer à faire de la région méditerranéenne le plus grand laboratoire de co-développement du monde.

Le second message essentiel, exprimé constamment dans cette rencontre, est la nécessité désormais évidente pour tous, d’associer étroitement aux objectifs de développement scientifique, les dimensions humaines et sociales indispensables à l’appropriation du progrès qu’il représente. Il en résulte désormais, dans la conduite de grands programmes, la nécessité d’assurer entre la science et la société un dialogue permanent qui, par les mécanismes de formation approprié, trouve son expression dans l’excellence professionnelle.

On mesure enfin combien l’ensemble de cette démarche et les programmes qu’elle inspire, tel Parmenides constitue de nouveaux outils d’une grande richesse potentielle dans la construction et la conduite du nécessaire dialogue des cultures en méditerranée et comme nous l’espérons avec une particulière ferveur, au développement de projets solidaires.