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dimanche 3 juillet 2011, par André Capron
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« Eau et Santé »
texte élaboré par les Académies des sciences du G8-G20 lors de leur réunion à Paris les 24 et 25 mars 2011 et publié le 19 mai 2011

L’accès à l’eau potable et aux équipements sanitaires
a été formellement reconnu comme un droit de l’homme
par les Nations Unies, le 28 juillet, 2010.

Contexte

Les Nations Unies ont fixé pour Objectif du Millénaire pour le Développement (OMD) n°7C de : "Réduire de moitié, d’ici à 2015, le pourcentage de la population qui n ’a accès, de façon durable, ni à un approvisionnement en eau potable, ni à des services d’assainissement de base". A ce propos, les Académies des sciences des pays du G8+ soulignent que l’accessibilité, la qualité et la protection des ressources en eau sont fondamentales pour la santé humaine, tant dans les régions rurales qu’urbaines et ce partout dans le monde. Atteindre les objectifs de l’OMD n°7 est essentiel pour réaliser les autres objectifs OMD concernant la pauvreté, l’éducation pour tous, la nourriture, la sécurité d’approvisionnement en énergie, l’égalité entre les sexes, la santé des enfants et des mères. Concernant l’OMD n°4 qui vise à réduire le taux de mortalité infantile, on doit souligner que les maladies diarrhéiques tuent plus d’enfants de moins de 5 ans que le sida, la malaria et la rougeole réunis et constituent la seconde cause de mortalité infantile. Plus de 85% des cas de diarrhée dans le monde sont dus à de l’eau impropre, des équipements sanitaires inadéquats ou à des mesures d’hygiène insuffisantes.

En raison de l’accroissement de population, de l’augmentation de la pollution, et du réchauffement climatique, la ressource en eau va encore se raréfier : on estime que d’ici 2050, environ 3 milliards de personnes habiteront des régions déficitaires en eau potable. Aujourd’hui, presque 900 millions de personnes n’ont pas accès à de l’eau potable et 2,6 milliards n’ont pas accès à de véritables équipements sanitaires. Les effets directs et indirects de ce manque d’eau potable et d’accès aux systèmes d’assainissement sont considérables.

Si au cours des dix dernières années, plus d’ 1 milliard de personnes ont obtenu un accès à de l’eau potable, les améliorations en matière d’équipements d’assainissement ont été bien moindres, ce qui affecte grandement la santé humaine. On considère que l’objectif sanitaire de l’OMD n°7 ne sera pas atteint en Afrique sub­saharienne avant au moins un demi-siècle, ce qui est clairement inacceptable. On estime par ailleurs que 16% de la population vivant aujourd’hui en Europe et un peu moins de 40% de la population mondiale, manquent aussi de véritables équipements sanitaires.

Près de 20% de la population mondiale - principalement dans les espaces ruraux - pratiquent la défécation en plein air, avec pour conséquence quelques 300 millions de tonnes d’excréments humains qui polluent chaque année des eaux propres. Cela contribue de manière significative à la transmission de plus d’une vingtaine de maladies infectieuses. De plus, les populations d’animaux d’élevage et, par conséquent leurs excréments, sont en augmentation en raison de nouvelles habitudes diététiques humaines favorisant l’ingestion de produits carnés. Enfin, les méthodes de stockage des déchets urbains, domestiques et industriels, souvent inadaptées, menacent la qualité des eaux de surface ainsi que les nappes phréatiques.

Sans amélioration des équipements sanitaires, l’efficacité de vaccins coûteux et de protocoles de chimiothérapie contre les maladies infectieuses d’origine hydrique serait sérieusement

compromise. Les responsables politiques doivent comprendre que l’accès à l’eau potable et la disposition d’équipements sanitaires adéquats vont de pair. Résoudre la pénurie des services d’assainissement en matière d’accès à l’eau potable, de son traitement, et d’équipements sanitaires contribuerait à l’atténuation de bien d’autres problèmes de santé, d’économie et de société. L’accès durable à l’eau potable et à des équipements sanitaires est une action prioritaire pour permettre aux populations démunies de sortir de la pauvreté. C’est aussi l’une des mesures les plus efficaces en termes économiques.

L’Eau et son impact sur la Santé

L’eau malsaine est à l’origine de graves problèmes dans le domaine de la santé. Ils concernent en particulier :

- des maladies infectieuses d’origine hydrique telles que le choléra et autres maladies diarrhéiques, l’hépatite et l’amibiase.

- des maladies à transmission vectorielle, telles que malaria, filariose, schistosomiase et dengue, qui affectent plus de 500 millions de personnes dans le monde.

- les maladies diarrhéiques qui représentent l’une des principales causes de morbidité et de mortalité infantiles dans les pays en voie de développement, conduisant chaque année à la mort de 1,5 à 2 millions d’enfants âgés de moins de 5 ans (UNICEF_WHO, 2010). On constate de façon alarmante que 50% des lits dans les hôpitaux des pays en développement sont occupés par des patients souffrant de maladies liées à l’eau.

- autre risque pour la santé humaine, la hausse constante de concentrations de polluants organiques dus aux activités anthropiques (que ce soit dans l’industrie, dans l’agriculture ou dans la gestion d’eau de surface) ; de même, l’arsenic d’origine naturelle, les fluorides et les nitrates dissous dans l’eau. Tous ces polluants nécessitent soit la recherche et la mise en production d’autres sources d’eau, soit l’utilisation de techniques de traitement de l’eau économiquement acceptables. Il est indispensable d’améliorer la réglementation sur les produits chimiques sur la base d’une meilleure connaissance de l’écotoxicité et la toxicologie des expositions chroniques à des micropolluants. La pollution chimique -traditionnellement dominante dans les pays industriels - est à présent un enjeu de santé publique dans les pays en développement confrontés à une urbanisation massive. Les zones à forte concentration de population font face à des défis bien différents de ceux que l’on constate chez les populations rurales. La résurgence du choléra est en grande partie due à la croissance spontanée et rapide des mégapoles, des ghettos, des taudis, des favelas qui n’ont aucune infrastructure ni système d’égouts pour recevoir leurs déchets. Bref, le traitement des eaux usées doit faire l’objet d’améliorations drastiques.

Les questions d’eau et d’assainissement peuvent être étroitement liées à celle de la propriété des terres. Tandis que l’accès à l’eau potable et aux équipements sanitaires est maintenant reconnu comme un droit de l’homme, on tend à occulter le problème posé par les immigrants, problème qui va prendre de plus en plus d’importance avec des flux migratoires en hausse.

Conséquences socio-économiques d’une eau plus saine et d’un meilleur assainissement

L’amélioration des équipements sanitaires et de l’accès à l’eau propre aurait des conséquences notables sur :

- Le développement économique et les pertes de productivité.
On estime que 4% des Années de Vie Perdues corrigées de l’Incapacité dues aux maladies (DALY - Disability Adjusted Life Year) résultent d’un poids de plus en plus grand des maladies diarrhéiques, dont près de 90% peuvent être attribués à une fourniture d’eau impropre, mais aussi à un manque flagrant d’accès aux équipements sanitaires et d’hygiène.

- L’éducation.
Environ un demi-milliard de journées d’école sont perdues chaque année en raison de maladies d’origine hydrique. Le manque d’équipements sanitaires dans les écoles est l’une des causes principales d’absence des filles à l’école, spécialement dans leurs périodes de menstruation. Dans plusieurs pays -Bangladesh et Maroc par exemple - l’introduction d’équipements sanitaires différenciés (garçons-filles), et une éducation aux mesures sanitaires et d’hygiène, - le fait tout simplement de se laver les mains - ont réduit de façon significative l’incidence des maladies diarrhéiques et leur transmission par l’eau.

- La santé publique.
Promouvoir l’accès à des équipements sanitaires doit être une priorité pour la santé publique si nous voulons atteindre les objectifs des OMD. L’atteinte de ces objectifs dépendra du renforcement de la collaboration internationale, de la mise en œuvre de technologies économiques et communautaires. Ainsi les unités mobiles de traitement de l’eau par des membranes de filtration ont-elles amélioré de façon substantielle l’accès à de l’eau microbiologiquement propre, à l’échelle de l’individu et des communautés.

- Une gestion intégrée de l’Eau.
Une approche intégrée de la gestion de l’eau, au niveau des bassins versants, devrait résoudre les questions biogéophysiques, climatiques, sociales et économiques liées intrinsèquement à la gestion de l’eau, en particulier dans les bassins aquifères.

Recommandations

Les Académies des pays du G8+ recommandent vivement à leurs gouvernements d’engager le plan d’action suivant :

- Développer de toute urgence les équipements sanitaires et assurer leur maintenance pour obtenir une eau de qualité acceptable tout en réduisant les disparités entre milieu urbain et espaces ruraux. Installer en priorité de tels équipements dans les établissements scolaires, adaptés aux contraintes environnementales, technologiques et culturelles.

- Promouvoir l’éducation et la formation de professionnels et de techniciens pour mieux gérer la qualité de l’eau. Inciter le public à changer de comportement vis-à-vis des sources d’approvisionnement en eau.

- Financer les recherches pour identifier les pathogènes d’origine animale et développer des marqueurs simples, efficaces et peu coûteux. Financer les études épidémiologiques nécessaires pour mettre au point des vaccins contre les pathogènes et les maladies transmises par l’eau

- Promouvoir les compétences nécessaires pour améliorer la gestion de l’eau et l’hygiène. Soutenir les actions communautaires concernant notamment la gestion des bassins de drainage pour encourager le rôle clé des femmes aussi bien dans les zones rurales que péri rurales.

- Établir des réseaux de compétences aux niveaux national, régional et international afin d’améliorer l’efficacité d’utilisation de l’eau, aussi bien en agriculture qu’en industrie, par le biais de recherches et pratiques innovantes, soucieuses d’équilibre écologique.

Les bénéfices, tirés de la mise en œuvre de ces recommandations, seraient si importants socialement et économiquement, que les Académies doivent inciter leurs responsables politiques à dégager les moyens financiers nécessaires.

Le 19 mai 2011

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