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vendredi 23 septembre 2011, par Francis Segond
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EAU, SANTÉ, ÉDUCATION AU NORD SÉNÉGAL
Nouvel ouvrage de la collection du WHEP « Anthropologie de la santé »

Dans le cadre de sa collection « Anthropologie de la santé » dirigée par Yannick Jaffré, le programme WHEP du GID publie, avec le soutien de l’ONG sénégalaise EPLS (Espoir Pour La Santé), l’ouvrage de l’anthropologue Jérôme Coll « Eau, santé, éducation au Nord Sénégal » (voir à ce propos les pages consacrées au projet pilote WHEP-EPLS).

L’intégralité de cet ouvrage est directement accessible en cliquant sur ce lien. Vous pouvez également télécharger une version imprimable complète au format « PDF » en cliquant sur ce lien.


Eau, santé, éducation au Nord Sénégal
Jérôme Coll
2011
204 pages
Edition papier : 12 € + port
Edition électronique : gratuit
ISBN 2-915436-20-7

Publié aux Éditions Faustroll à Claunay.

La version papier de ce livre est disponible sur le site de l’Éditeur au prix de 12 € + port.

« Relevant d’une démarche de recherche-action novatrice, le projet pilote WHEP au Sénégal s’appuie sur une conception scientifique pluridisciplinaire. Les thèmes de l’éducation, de la santé, de l’eau, les notions de genre et de contexte socioculturel qui sont au centre du programme, renvoient en effet à une série de disciplines issues des sciences naturelles comme la biologie et l’épidémiologie, et des sciences humaines et sociales telles que la psycho-pédagogie et la socio-anthropologie.

Le projet se définit par conséquent à la fois par son origine et par son orientation scientifiques. Ce faisant, il repose sur la définition et l’application de méthodologies rigoureuses propres à chaque discipline, en même temps que sur une collaboration et une interactivité entre ces disciplines. »


Préface

Assis à quatre sur un banc d’école à deux places, une trentaine d’enfants, le visage blanchi par la poussière, protègent leurs cahiers du vent et du sable sahélien. Soutenus par des bois blanchis et torves, les murs et toit de la classe constitués de palmes de roniers n’empêchent en rien les éléments de s’engouffrer. La maîtresse, désabusée, retient la planche peinte en noir posée à terre qui lui sert de tableau. Les bourrasques répétées du mois d’avril épuisent. Tous sont fatigués. En fait cette fatigue qui accable les enfants est constante, liée en grand partie aux multiples infections chroniques et aigües dont ils sont pour la plupart atteints. La maîtresse se plaint d’enseigner à des enfants qui ne retiennent rien…

Les rapports entre bien-être et intégration de connaissances sont, de toute évidence, étroits. Quotidiennement, nous constatons que la santé établit la base des capacités cognitives des enfants. Si le savoir est sans aucun doute le vecteur le plus efficace du développement, la santé est le premier outil de son acquisition.

Malgré leur bien fondé, il est à constater que les innombrables programmes d’éducation à la santé qui ont été appliqués sur le terrain africain présentaient de nombreuses faiblesses. Outre le fait que ces programmes d’éducation à la santé étaient la plupart basés sur la connaissance des maladies issue de données académiques, ils ne se préoccupaient ni de l’appropriation de ces connaissances ni de l’évaluation des effets qui en résultaient. En fait, ces programmes conçus dans les salons de spécialistes, se targuaient d’être irréfutables, car basés sur des valeurs rationnelles.

Réunis à l’initiative du Professeur André Capron de l’Institut de France, la poignée de spécialistes de disciplines et d’origines différentes qui constituèrent le WHEP (Woman Health Education Programme), étaient pour la plupart des hommes et des femmes dont les réflexions étaient patinées par la réalité des conditions des pays en développement. Ils étaient déjà tous persuadés que la pérennisation de la connaissance engageant le geste bénéficiant à la santé, passait par l’appropriation par les femmes de cette connaissance. De ce fait, toute action, tout programme devait être établi non pas par le WHEP lui-même, mais bien par les concernées. Tout en s’assurant que cela n’affecterait pas la méthodologie choisie, les interventions du WHEP devaient se limiter uniquement à deux niveaux bien précis : i) l’identification du programme et de ses objectifs, ii) l’évaluation de la réalisation du projet ainsi que ses effets et conséquences.

L’une des premières structures à répondre à l’appel d’offre du WHEP fut notre Centre de Recherches Biomédicales Espoir Pour La Santé (EPLS, une ONG sénégalaise) dont les activités se concentrent depuis une quinzaine d’années sur la recherche clinique pédiatrique, appliquée majoritairement aux endémies infectieuses d’origine hydrique affectant les populations de la vallée du fleuve Sénégal. Impliqués par nécessité dans les actions d’information à la prévention établies par les Programmes Nationaux du Ministère de la Santé, les scientifiques de EPLS voyaient depuis des années l’inefficacité des méthodes d’information aux enfants sur les maladies infectieuses les plus courantes. Par contre, ces intellectuels sénégalais quotidiennement en contact avec les populations villageoises et plus particulièrement les enfants d’âge scolaire, considéraient que le comportement correct à l’eau devait être inculqué très jeune, et que les filles représentaient la population sensible puisqu’elles géraient assez tôt les tâches relatives à l’eau et qu’elles étaient le creuset de la future transmission du geste.

Le projet qu’ils proposèrent au Comité Scientifique du WHEP était de concentrer l’activité d’éducation sur les enfants d’âge scolaire filles et garçons confondus, établir les bases d’un comportement éclairé vis-à-vis de l’eau, tout en éliminant le descriptif des maladies liées à cet élément et leur étiologies. Par ailleurs, ce projet devait permettre de sortir l’enfant de sa classe, établir un rapport physique permettant la perception directe de l’information. Ce projet appelé « Santé Au Fil de l’Eau » (SAFE), qui fut conçu sous la direction de la directrice de Gamadji Saré par un groupe d’institutrices et d’instituteurs des écoles de la vallée du fleuve, de pédagogues locaux, de scientifiques divers, est aujourd’hui mis en application expérimentale par les enseignants dans plusieurs écoles de la région de Saint-Louis. Ce projet est directement soutenu par les ministères sénégalais de la Santé et de l’Éducation Nationale, ainsi que par l’Académie Nationale des Sciences et Techniques du Sénégal.

Bien avant cette application expérimentale, EPLS désira faire réaliser une étude locale sur la perception de la santé, l’éducation, l’eau. Le socio-anthropologue Jérôme Coll fut celui qui nous rejoignit. Les observations qu’il décrit avec talent et science dans le présent rapport ont la particularité d’être facilement transposables dans les autres régions sub-sahariennes, mais également dans bien d’autres pays en développement. Ce point particulier qui ressort de l’étude de Jérôme Coll trouve sans aucun doute son origine dans les rapports intimes que l’homme entretient avec l’eau et son bien-être. Ceci influença fortement la conception du projet SAFE. Ainsi, ce projet d’éducation qui considère et élève les rapports entre l’homme et l’eau, a voulu garder cet esprit universel et devrait sans difficulté s’appliquer dans d’autres pays, sous d’autres latitudes.

Docteur Gilles Riveau
Directeur Général de EPLS
Directeur de Recherche CNRS

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