Women Health Education Programme

« La santé par les femmes »

WHEP, créé à l’initiative de l’Académie des sciences de France, est un programme scientifique international du GID.

WHEP est chargé d’accompagner des projets nationaux contribuant à l’amélioration de la santé de tous par l’éducation des femmes dans les pays en développement.

GID

Un Programme du GID - Groupe Inter-académique pour le Développement
 

La déperdition scolaire au Burkina Faso : causes, conséquences et perspectives

Le 26 mars 2008, par Madeleine Kaboré Konkobo,

INTRODUCTION

L’école est au développement ce que l’analphabétisme est au sous développement, aime-t-on dire. Le Burkina Faso à l’instar de nombreux pays africains cherche à être au diapason de la mondialisation et l’école en est l’une des principales clés. C’est pourquoi on constate que les autorités burkinabè incitent les adultes à l’alphabétisation et les enfants à la scolarisation. C’est l’un des objectifs du Plan Décennal de Développement au Burkina (PDEB). Mais malgré les efforts que les autorités politiques burkinabè font pour répondre aux besoins de développement de la population, on remarque qu’à l’heure du bilan mondial, le Burkina est classé toujours presqu’en dernière position. A nos humbles constats, il s’est avéré que le développement basé sur plusieurs indices dont ceux de l’éducation sont très bas au Burkina Faso. Cette situation s’explique en partie à l’insuffisance d’infrastructure. Par ailleurs ceux qui ont accès aux structures scolaires n’arrivent pas à terminer leur cycle. Cela peut être sans doute dû aux nombreuses déperditions scolaires constatées à Ouagadougou et sur l’ensemble du pays. Quelles sont donc les causes de la déperdition scolaire dans la ville de Ouagadougou ? Quel est le sexe le plus touché ? Quelles en sont les conséquences ? Et quelles peuvent en être les solutions ?

I. METHOLOGIE

Au départ, nous avons posé la question sur les causes de la déperdition scolaire dans la ville de Ouagadougou. Après lecture de quelques ouvrages sur le sujet, il ressort que malgré le développement du système scolaire dans la ville, les inégalités sont encore très fortes. Les enfants de cadres, appartenant à la catégorie sociale favorisée, poursuivent plus longtemps leurs études et ils réussissent globalement mieux que ceux des catégories populaires. On peut d’ores et déjà formuler plusieurs hypothèses.

On note une certaine corrélation entre niveau d’étude des parents, position professionnelle et revenu. En effet, plus le niveau d’études des parents est plus bas, plus leur position professionnelle sera moins importante et plus les revenus seront faibles. En même temps, le niveau d’éducation des parents devrait influencer négativement l’intérêt que l’on porte sur la scolarité de l’enfant. Il devrait également en outre défavoriser un contexte culturel contribuant à un développement intellectuel de l’enfant.

Par conséquent, si le revenu économique, l’intérêt et le contexte culturel sont manifestement en défaveur dans une famille, le taux d’échec des enfants devrait être plus élevé que dans d’autres familles qui ne présentent pas les mêmes caractéristiques.

A cela on peut ajouter que si les modes d’évaluation sont trop sélectifs, avec un manque d’infrastructures d’accueil, des filières ou des programmes non adaptés aux besoins de notre société, les taux d’abandon et de redoublement ne feront que croître.

Afin de tester nos hypothèses, nous avons fait recours à l’approche qualitative compte tenu de la nature des informations recherchées et aussi du temps qui nous était imparti.

C’est ainsi qu’un guide d’entretien a été confectionné et adressé aux différents acteurs impliqués plus ou moins dans ce phénomène de déperdition scolaire. Nous avons eu des entretiens semi-directifs avec les personnes suivantes :

  • Des enseignants car étant des acteurs incontournables dans ce domaine ;
  • des anciens élèves au chômage, car ayant connu le phénomène de déperdition, leurs points de vue donneraient plus de lumière ;
  • des parents d’élèves ont été approchés du fait de leur responsabilité dans l’éducation des enfants ;
  • des élèves et étudiants qui ont constitué notre groupe témoin ;

Cette approche nous a permis de dégager les différents points de vue sur ce fait social notamment ses causes, ses conséquences et des solutions conséquentes afin de réduire son ampleur, voire l’éradiquer.

Avant d’aborder les différentes opinions et analyses qui en découlent, essayons de clarifier les concepts opérationnels qui contribuerait à la compréhension de ce phénomène social

II. DÉFINITION DES CONCEPTS

La Déperdition : Selon le petit Larousse, signifie la perte progressive, la diminution.

De ce fait, la déperdition scolaire veut dire la perte progressive des élèves au cours de leur cycle scolaire. Cette perte regroupe l’ensemble des exclusions décidées par le conseil des professeurs pour les situations suivantes : mauvais résultat , mauvaise conduite, abandons décidés par l’élève et/ou ses parents pour une raison économique ou sociale. La déperdition scolaire constitue un gaspillage de matériel , de temps pour le système éducatif ainsi que pour la société dans son ensemble. Elle est suscitée par les problèmes de redoublement et ou d’abandon d’étude( BIT, 1987). Elle correspond à une sortie prématurée d’une partie des effectifs scolaires engagés dans un cycle ou dans un programme d’étude.

Ce phénomène qui perdure suscite en nous la recherche de ses causes profondes. Quelles sont effectivement les causes de la déperdition scolaire dans la ville de Ouagadougou ? Il convient d’abord de faire un constat sur la déperdition scolaire et voir les différentes causes.

III. CONSTAT SUR LA DEPERDITION SCOLAIRE AU BURKINA FASO

Pour montrer l’importance et l’actualité du phénomène de déperdition dans le système éducatif du Burkina Faso, nous nous proposons de faire appel aux statistiques fournies par les ministres en charge des départements. Pour cela, selon chaque niveau d’enseignement, on peut faire le constat suivant :

  • Au primaire, à titre illustratif, le tableau ci-dessous montre le pourcentage des redoublements pour l’année scolaire 1999-2000 pour chaque classe et selon le sexe.
Tableau n°1

Le pourcentage des redoublants pour l’année scolaire 1999-2000

CP1CP2CE1CE2CM1CM2
Garçons11,8%12,7%17,0%15,2%15,4%34,5%
Filles11,6%12,4%16,1%15,3%17,7%36,1%
Total11,7%12,6%16,6%15,8%16,3%35,1%

On constate que le nombre de redoublants augmentent au fur et à mesure que l’on avance dans les classes et varie de 11,7% au CP1 à 35,1% au CM2.

Il y a aussi une disparité sexuelle au niveau de la déperdition scolaire. Dans les trois premières années, les garçons redoublent plus que les filles et dans les trois dernières années, l’ordre s’inverse.

Tout compte fait, on relève que sur 1000 enfants entrés au CP1, seulement 383 atteignent la classe de CM2. Les autres sont mis hors de l’institution pour une raison d’insuffisance de rendement scolaire ou pour une toute autre sociale . Et pour ceux qui ont atteint cette classe de CM2, la durée moyenne des études primaires par élève sortant avec le premier diplôme est de douze ans au lieu de six ans prévus pour cela.

Dans l’enseignement secondaire, les taux de déperdition ne sont pas moins élevés. Cependant, l’enseignement secondaire technique connaît des chiffres moins alarmants que celui général. En témoigne l’évolution des taux de redoublement selon les types d’enseignement fournis par le tableau de la Direction des Etudes et de la Planification du ministre en charge du département des enseignements secondaires.

Tableau n°2

Evolution des taux de redoublement dans l’enseignement technique et général.

AnnéeEnseignement généralEnseignement technique
1995-199625,98%12,33%
1996-199728,85%13,47%
1997-199826,56%11,23%
1998-199929,41%10,93%

Graphique d’évolution du taux de redoublement dans l’enseignement technique et général

  • Au niveau supérieur, la même remarque est pertinente. Les taux qui varient selon les filières et selon le sexe, restent tout de même élevé.

Le constat général qui se dégage est que les taux d’abandon, de redoublements dans les établissements et universités restent élevés comparativement à d’autres pays francophones ou anglophones de la sous région.

Cela nous amène à nous interroger sur les causes réelles et profondes de ces échecs.

Est-ce le système éducatif lui-même qui est mis en cause ? L’environnement extérieur ne joue-t-il pas un grand rôle dans les échecs des élèves ? Ce sont des inquiétudes auxquelles nous aborderons à la suite de notre réflexion.

IV. LES CAUSES DE LA DEPERDITION SCOLAIRE

Les causes de la déperdition scolaire peuvent être classées en deux catégories à savoir les causes externes et les causes internes.

Ces causes représentent l’ensemble des phénomènes observables extérieurs à l’institution scolaire et qui influencent négativement la progression normale de l’élève à l’école.

Les causes externes

L’une des causes principales est d’ordre économique. L’école burkinabè coûte excessivement cher. En effet la scolarisation d’un élève nécessite un investissement financier considérable pour l’établissement. En plus de cette scolarité viennent greffer l’achat de fournitures scolaires, d’un moyen de déplacement, d’une tenue scolaire pour ceux qui sont dans le privé. Or dans la plupart des cas, la situation économique de la majeure partie des parents d’élèves ne leur permet pas d’honorer chaque année ces dépenses.

Le faible revenu des parents d’élèves conjugué aux coûts très élevés de la scolarité constituent un facteur majeur de la déperdition scolaire.

A cela s’ajoute la représentation que les parents se font de l’école. Pour certains parents enquêtés, l’école représente la principale clé de développement et de promotion sociale de l’individu et, à travers lui ,celle de sa famille et de la nation entière. Cette image positive que la plupart des parents instruits ont de l’école fait que ces derniers encouragent leurs enfants à pousser loin que possible leurs études. Ce qui peut amenuiser le taux de déperdition scolaire dans la ville de Ouagadougou.

Par contre, pour d’autres parents avec qui nous avons eu des entretiens, notamment certains commerçants, l’école n’est pas rentable et ne permet pas à l’élève de s’épanouir économiquement, une fois finies les études. Cette perception négative de l’école amène ces parents à retirer à la moindre occasion leur rejeton de l’école. Cette attitude est adoptée par les élèves qui ont cette vision, d’ou le découragement et le manque d’intérêt pour les études. La conséquence est l’abandon et les exclusions pour insuffisance de rendement ou de mauvaise conduite. Le taux de déperdition ne fera que progresser de façon fulgurante.

Le désintérêt des parents et des élèves qui ne voient pas en l’école la source de réussite économique, garantie d’une promotion sociale, constitue ainsi une des causes des abandons, des exclusions des élèves avant la fin des études.

Au niveau des élèves et des étudiants, les causes externes évoquées pour expliquer le phénomène de déperdition scolaire sont multiples.

Nous avons entre autres la mauvaise compagnie d’où découlent les mauvais conseils, les mauvais exemples, les mauvaises conduites qui peuvent amener l’élève à écoper des sanctions d’exclusion temporaires ou définitives de l’école. Notons, en effet, qu’il peut arriver que l’élève ou l’étudiants abandonne l’école pour des raisons de grossesse ou pour des situations maritales précoces. Ces situations qui responsabilisent très tôt la fille comme mère ou épouse et le garçon comme père ou époux, déséquilibrent et influencent considérablement leur rendement scolaire.

Les difficiles conditions de la vie obligent certains élèves ou étudiants à aller très tôt à la recherche d’emploi et donc à mettre fin leur études plus tôt que prévue.

Soulignons que la représentation sociale de la réussite ou du succès dépend du milieu social d’origine de chaque individu. Car pour les personnes de milieu social défavorisé, réussir un concours du niveau B.E.P.C par exemple alors que l’on pouvait continuer plus loin, constitue un succès. IL n’en est point de même pour ceux issus du milieu social favorisé. C’est de facto un échec que d’arrêter ses études avant le niveau maîtrise pour un quelconque concours. Donc selon l’origine sociale, le succès des uns peut être un échec pour les autres qui n’ont pas atteint leurs objectifs visés. En outre, il faut remarquer qu’il n’est pas rare que la responsabilité d’un abandon soit incombée aux enseignants. En ce qui concerne l’école primaire, certains enquêtés nous ont dit que leur propre abandon résulterait de la sévérité, de la méchanceté des enseignants qui les frappaient chaque jour à l’école. Eux, voyant qu’ils souffraient injustement ont préféré quitter très tôt cette structure scolaire. Tous ces anciens, qui gardent un mauvais souvenir de l’école et de ses enseignants, nous confirment qu’ils étaient « maltraités » parce qu’ils ont des parents pauvres qui n’accordaient aucun intérêts à l’enseignant. Ces enquêtés concluent que c’est à cause de la mauvaise politique, de l’injustice et du traitement inéquitable entre les enfants des pauvres et ceux des riches qui constituent la base de leur scolarisation écourtée. On peut à cet effet déduire que la durée de scolarisation d’un élève dépend de son origine sociale. Celle-ci influencerait la considération que l’enseignant a à son égard. Pour confirmer cette hypothèse et manifester son dédain à l’égard de son enseignant, un ancien écolier devenu commerçant nous a affirmé qu’il a quitté l’école injustement, mais actuellement, Dieu lui a rendu justice car son commerce prospère et il vaut mille fois mieux que son ancien maître. Est – ce un appel lancé aux enseignants pour l’abandon des sanctions scolaires par cet ancien élève ? N’a- t- on pourtant pas dit que celui qui éloigne l’enfant du fouet le « pourri » ? Il serait temps qu’une sanction équitable soit appliquée à tous sans discrimination afin qu’ il y’ait une équité sociale dans le traitement des élèves. Tous ces abandons relèvent d’autres causes que nous appelons causes internes au système éducatif burkinabè.

Nous pouvons ainsi dire que le système éducatif est mal organisé en ce sens que l’enseignement général domine dans les établissements de la ville de Ouagadougou. Or ce n’est pas tous les écoliers et élèves qui sont aptes à ce type d’enseignement. Le problème d’orientation se pose et peut en être une des causes de l’interruption du cursus scolaire des élèves qui ont subit une mauvaise orientation après le C.E.P (Certificat d’Etude Primaire), du B.E.PC (Brevet d’Etude du Premier Cycle) et le BAC(Baccalauréat). Et cela se constate même dans l’enseignement supérieur. En effet, il arrive que certains étudiants fassent leur choix de filière par ordre de préférence et se retrouvent en fin de compte dans une filière qu’ils préfèrent moins ou même qu’ils n’ont même pas choisie. Cette mauvaise orientation décourage souvent les étudiants qui se sentent obligés de poursuivre des études qu’ils n’aiment pas ou n’ont pas envisagé faire. Par conséquent, leur rendement scolaire se trouve affecté causant la plus part du temps des redoublements et des renvois en cours de cycle. Cela interpelle une fois de plus, les comités d’orientation des élèves et étudiants à respecter la première option du candidat. A cela s’ajoutent l’inaccessibilité géographique même de l’école. Il faut reconnaître que la longue distance entre lieux d’habitation de l’élève et l’école fatigue souvent les élèves amenuisant ainsi leur rendement. Car un élève qui se déplace de Pissy à Saaba ou de Bindogo à Kolognaba ,évalué à une dizaine de kilomètres, se sent déjà fatigué dès son arrivé à l’école car ayant parcouru une longue distance. Il serait moins apte à suivre le professeur que celui qui est à quelques pas (kilomètres) de l’école. De même à la descente, une fois le cours terminé, il sera fatigué encore à la maison. Ce qui va l’obliger à prendre rapidement le chemin du repos. De ce fait, il aura peu de temps d’étude et cela peut influencer énormément sur son rendement scolaire, entraînant souvent des redoublements et des renvois pour insuffisance de moyenne. Ainsi, la distance géographique de l’élève d’avec son école peut augmenter le rendement scolaire ou l’amenuiser et constituer une source de déperdition scolaire.

En outre, il est moins rare de constater que l’insuffisance des infrastructures scolaires et l’absence de certains cycles jouent en faveur de la déperdition scolaire. L’insuffisance des salles de classes, du personnel enseignant fait qu’un professeur peut se retrouver dans une classe de quatre vingt dix(90) ou même plus de 100 élèves. Il n’arrive donc pas à dispenser efficacement son enseignement, à encadrer convenablement chaque élève. Tous les élèves n’arrivent pas non plus à comprendre les explications de l’enseignant. Pendant les compositions ou lors des devoirs, le professeur se trouve devant une kyrielle de copies qu’il veut épuiser dans un délai donné. C’est à ce moment qu’il se rend compte qu’il se tue à savoir qu’il fournit beaucoup d’effort pour des élèves qui n’assimilent pas son cours. De ce fait, les effectifs pléthoriques et l’insuffisance du personnel enseignant influencent négativement sur le rendement scolaire des élèves et étudiants. C’est peut être le cas des étudiants de première années des UFR / SEG ; / SJP / SVT / SH qui se retrouvent souvent à plus de mille (1000) dans une seule salle.

Aussi, comme nous le soulignons plus haut, certains élèves et étudiants voient leur trajectoire scolaire écourtée à cause du manque de second cycle. Beaucoup d’élèves ont leur CAP / BEP dans une filière quelconque et ne peuvent pas poursuivre les études parce qu’il n’y a pas de suite sur place. Et même s’il y a le second cycle, il est au main des privés et coûtent très cher, donc pas à la portée des parents d’élèves d’une certaine classe sociale qui à la limite est défavorisée. Tout cala signifie que l’absence de certaines filières profitent aux privés qui se font de bonnes affaires en fixant très haut la scolarité. Donc, ils contribuent moins à la vulgarisation de l’éducation au Burkina Faso augmentant ainsi le taux de déperdition scolaire.

A cela s’ajoutent les injustices faites à l’égard des filles qui constituent les vraies victimes des survivances alliées aux mauvaises visions de la tradition. En effet, les traditions ancestrales et la division sexuelle du travail placent la jeune fille en situation d’infériorité par rapport au garçon et limite leur disponibilité pour la poursuite de leur cursus scolaire. Quand bien même certains parents vivent en ville, ils pensent que l’école influence négativement les comportements des enfants et particulièrement ceux des filles les amenant ainsi à rejeter la tradition.

Certains parents d’élèves enquêtés disent que la femme a déjà une emprise,un pouvoir sur son mari au foyer. Donc, lui permettre de poursuivre de longues études, c’est lui donner la clé d’une entière domination sur son mari. Cela peut amener les prétendants à la fuir, la délaisser. C’est sans doute dans ce sens que Molière affirme dans les femmes savantes, qu’il n’est pas bien honnête, et pour beaucoup de causes qu’une femme étudient et sache tant de choses. Former aux bonnes mœurs l’esprit de ses enfants, faire aller son ménage, avoir l’œil sur ses gens, et régler ses dépenses avec économie doit être son étude et sa philosophie.

Il y a aussi l’impact non moins considérable des travaux domestiques qui influence négativement sur le rendement scolaires des filles. Dès sa venue au monde, la fille est considérée comme une étrangère « saana ». chez les Mossi. L’éducation traditionnelle invite les filles à rester en retrait, à accepter la supériorité des hommes et à s’y soumettre. Dans cette éducation dès le jeune âge, le garçon et la fille s’initient à leurs futures tâches. Tandis que le garçon joue au chef de famille, la fille s’occupe des enfants en bas âge, aide sa mère pour les corvées d’eau, de bois et de cuisine. Et selon une étude sur la sous scolarisation des filles au Burkina Faso réalisée par Sanou Fernand en Août 1995, 85,7% des filles contre 32,5% des garçons font le ménage avant d’aller à l’école et au retour 70,6% des filles contre 31,6% des garçons font des travaux domestiques. Ce-ci influencent négativement sur les résultats scolaires des filles qui n’ont pas assez de temps pour étudier.

Relevons aussi que parmi les facteurs qui influencent négativement la scolarisation des filles, la religion n’est pas en reste. En effet, l’islam est généralement associé à un fort taux de déperdition scolaire au niveau des filles. Car certains parents préfèrent que leurs filles écourtent les études par crainte de voir l’école inculquer à leurs filles des valeurs et des comportements qui sont contraires aux prédictions religieuses. Ces filles se voient obligées d’abandonner l’école pour souvent des mariages précoces dans le but de préserver l’honneur de la famille et des valeurs religieuses. D’ailleurs certains enquêtés nous ont fait savoir qu’il préfèrent leurs filles à l’école coranique qu’à celle coloniale qui déprave et désoriente.

A tout cela s’ajoute la représentation sociale que les parents ont de leurs enfants. En fait, les parents préfèrent beaucoup investir sur la scolarisation des garçons que celle des filles parce qu’ils voient chez le garçon un futur sauveur et l’héritier alors que la fille ira appuyer le budget d’une autre famille. Ce qui fait que lorsque une fille échoue une ou deux fois les parents se désengagent rapidement alors qu’il n’en est point avec le garçon. Les parents trouvent moins d’intérêts à soutenir les études de leurs filles, les exposant ainsi à un rapide abandon scolaire. C’est en ce sens que certains parents phallocrates à l’instar de Freud pensent que c’est une idée condamnée à l’avance que vouloir lancer la femme dans la lutte pour la vie au même titre que les hommes. Car dit – il, la nature l’a déterminé en terme de beauté, de charme et de douceur. L’envie de réussir chez une femme est une névrose, le résultat d’un complexe de castration dont elle ne guérira que par une totale acceptation de son destin passif.

Enfin soulignons le harcèlement sexuel que connaissent les filles de la part de leurs enseignants que de leurs condisciples. En effet, certains professeurs contraignent souvent les filles à les accepter sexuellement contre une bonne note ou une moyenne de passage. Lorsque la fille décline la proposition, elle risque des sanctions pouvant aller d’un dédain à une piètre moyenne pour l’obliger à redoubler ou à abandonner l’école. Ainsi, de nombreuses filles se retrouvent parfois violées, ou enceintes ce qui les conduit à allonger le rang des abandons. Il en est de même avec les garçons qui harcèlent les filles jusqu’à ce qu’elles n’aient plus assez de temps pour se consacrer à leurs études. En outre les déceptions sentimentales (amoureuses) marquent négativement les filles qui ne trouvent aucun goût à étudier. Conséquences, les résultats scolaires se trouvent affectés négativement.

Tout cela contribue à alourdir le poids de la déperdition scolaire dans la ville de Ouagadougou et engendre des conséquences incalculables sur le développement du Burkina.

V. LES CONSÉQUENCES DE LA DÉPERDITION SCOLAIRE

De prime abord, les conséquences immédiates des échecs et surtout des abandons sont le chômage des jeunes diplômés ou non.

Sortis prématurément de l’école avec ou sans diplômes ces jeunes ne sont pas compétitifs sur le marché de l’emploi, celui ci étant d’ailleurs déjà saturé. La demande dépasse de loin l’offre. La conséquence directe est bien le chômage.

La conséquence qui découle du chômage est alors le banditisme et la délinquance dans la ville de Ouagadougou. Les jeunes s’adonnent à la drogue et tous les moyens deviennent bons pour avoir de l’argent entraînant par conséquent le culte du gain de l’argent facile. Ainsi se développent les différents vices tels que l’escroquerie et ceux évoqués plus haut qui deviennent des stratégies d’espoir d’une vie meilleure et même de suivie par certains jeunes exclus de l’école pour des raisons diverses.

A cela on peut ajouter le développement de multiples formes de prostitution (cachées ou ouvertes) des filles dans la cité dans le but de subvenir à leur besoin matériel ou d’avoir un emploi (une sorte de corruption par le sexe) Chez les garçons, ce sont aux parents de passer le plus souvent par des « pots de vin » pour leur trouver un emploi compte tenu de leur niveau d’instruction.

Sur un autre plan et pour la société entière, la déperdition scolaire engendre une baisse des ressources intellectuelles et surtout du niveau général de la population en matière d’éducation (instruction). En témoigne le classement du Burkina Faso dans le rapport annuel du PNUD (173/175). Cela a donc un impact négatif sur le développement à long comme à court terme de notre pays. C’est pourquoi on observe la persistance de la pauvreté et du sous-développement en général de nos populations à cause de leur analphabétisme chronique.

Cet analphabétisme qui affecte à son tour le taux de scolarisation constitue un obstacle pour l’épanouissement intellectuel et également un handicap sérieux pour le développement. Le chef de famille qui a été découragé n’osera plus peut être scolariser son enfant ou n’aura pas la volonté ou les moyens de pousser son enfant à de longues études.

Au regard de toutes ces conséquences, nous constatons avec tous les observateurs avisés que la déperdition scolaire si elle n’est pas combattue risque dans cette allure de perturber le développement économique, social, technique ou en un mot général (sur tous les domaines) de notre pays.

C’est pourquoi, nous proposons quelques perspectives en vue de contribuer à la diminution du taux de déperdition dans nos écoles.

VI LES PERSPECTIVES

Afin de réduire sensiblement le nombre d’élèves ou d’étudiants qui décrochent pendant leur cursus scolaire ou universitaire, nous formulons quelques mesures.

En effet, pour les élèves, étudiants, parents d’élèves ou enseignants, la baisse du coût de la scolarité doit être envisagée si nous voulons faire de l’école burkinabè, une école pour tous. Tous sont unanimes et reconnaissent que la baisse des frais de scolarité et des autres dépenses qui en sont liées contribuera à garder le plus longtemps possible les enfants dans le cursus scolaire.

En plus de cela, l’Etat devra revoir les programmes d’enseignement, les modes d’évaluation pour en faire une école moins sélective car le système actuel n’est pas adapté à nos besoins et contient des obstacles à la bonne poursuite des études.

Dans le même sens, il faudra multiplier les filières de formation selon les besoins, accroître l’accessibilité de l’école par la multiplication d’infrastructures d’accueil et aussi les matériels de formations doivent accompagner ces efforts.

A tout cela, un personnel compétent est indispensable pour une cohérence interne du système éducatif et de son fonctionnement.

A l’endroit des élèves, il faudra instaurer une éducation sexuelle conséquente et un soutien psychologique au monde scolaire à travers l’institution de psychologues scolaires et des conseillers en orientation scolaire et professionnelle. Enfin, une structure sociale chargée de la protection des enfants et élèves démunis pourrait être institué afin de réduire ou résoudre les problèmes qui peuvent les obliger à abandonner les études plus tôt que prévues. On devra par là restaurer les bourses d’études tout en assouplissant les critères d’obtention et aussi ressusciter le système de l’internant pour les plus démunis.

Toutes ces mesures concoureront à améliorer sensiblement les conditions de la plupart des élèves et étudiants, créant du même coup les conditions pour réussir et l’envie de poursuivre ses études.

Aux parents d’élèves qui ont toujours des réticences à pousser leur enfants surtout filles, à faire de longues études, des campagnes de sensibilisations doivent être organisées afin de montrer à travers des exemples concrets des femmes épanouies, qui ont réussi dans la vie à cause de longues études. Il faudrait les faire savoir également que la fille ne perd rien en étant instruit et qu’au contraire, cela constitue un acquis car elle vivra mieux après ses études. Seul, un travail de conscientisation portera des fruits avec le temps et pourra réduire les abandons des filles à cause d’une mentalité arriérée qui ne voit pas les bienfaits qu’offre l’école.

En somme, des efforts multiformes doivent être consentis à tous les niveaux de la société et à tout moment afin de donner la volonté et les moyens nécessaires aux élèves et aux étudiants de terminer leurs études avant de chercher un emploi. C’est donc un appel que nous adressons à tous les différents acteurs de l’éducation au Burkina Faso pour une réduction, voire une éradication de la déperdition scolaire.

Ces propositions ne suffisent à elles seules pour lever les abandons scolaires et d’autres contributions seront les bienvenues.

CONCLUSION

Les multiples efforts menés en matières de scolarisation des enfants entraînent un accroissement réel des effectifs dans les écoles. Mais de nombreuses difficultés que rencontrent les parents d’élèves, les enseignants les autorités chargés de l’éducation et des élèves et étudiants tendent à rendre la scolarisation des enfants une réalité de forme. En ce sens qu’on constate de nombreuses déperditions scolaires avec une inégale répartition selon le genre dont celui féminin en est le plus concerné. De cela résultent de nombreuses conséquences néfastes souvent incalculables. Aussi est –il urgent pour les autorités politiques de trouver des solutions idoines pour pallier à la déperdition afin de faire de l’école une réelle clé de développement.

Bibliographie

  • KINDAT Analyse de la situation des enfants et des femmes au Burkina Faso ; Naître fille au Burkina Faso, Ouagadougou, UNICEF, 1995, 31 pages.
  • ASSIE LUMUMBA, N’D Thérèse, L’enseignement supérieur en Afrique francophone : Evaluation du potentiel des universités classique alternatives pour le développement, Banque Mondiale, Région Afrique, Washington D.C Janvier 1993, 78 pages
  • Projet Femme santé, étude sur les déperditions scolaires liées aux grossesses à l’école primaire au Burkina Faso, UNICEF Ouagadougou, Avril 1995
  • Domba Ousséni, Problématique de l’inscription et performances des filles au cycle de l’enseignement secondaire, technique et professionnel : Cas de la province du Kadiogo, Mémoire de fin de cycle 2000-2001, 76 pages
  • Petit Larousse illustré, 2000, 1784 pages


 

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