Women Health Education Programme

« La santé par les femmes »

WHEP, créé à l’initiative de l’Académie des sciences de France, est un programme scientifique international du GID.

WHEP est chargé d’accompagner des projets nationaux contribuant à l’amélioration de la santé de tous par l’éducation des femmes dans les pays en développement.

GID

Un Programme du GID - Groupe Inter-académique pour le Développement
 

Sélection génétique de l’humain : de l’intérêt de former et d’informer sur une dérive annoncée

Le 24 mars 2010, par Nouzha BOUAMOUD, Saaïd AMZAZI ,

Introduction

Depuis une vingtaine d’années, l’Homme sait concevoir ses embryons à l’extérieur de l’organisme maternel, grâce à la FIV (fécondation in vitro ). Il était donc inévitable qu’un jour, les progrès de la génétique aidant, l’on puisse accéder à l’information génétique de ces embryons avec la louable intention de s’assurer, avant de les implanter dans l’utérus maternel, qu’ils ne portent pas une anomalie héréditaire transmise par l’un des parents. Ainsi fut mise au point la technique du DPI (Diagnostic préimplantatoire). Toutefois, très rapidement, la tentation de trier les embryons sur la base de critères génétiques de convenance tels que le sexe ou la prédisposition à l’obésité a fait planer sur l’humanité le spectre d’un eugénisme nouveau, ce qui engendre à l’heure actuelle de nouveaux questionnement bioéthiques à la complexité croissante.

Dans un tel contexte où le progrès scientifique pourrait être perçu comme une menace par les citoyens, l’université a un rôle crucial à jouer en formant et en éduquant ses étudiants à la bioéthique mais aussi en informant la société sur les véritables enjeux des innovations scientifiques.

1. Prédire la maladie neuf mois avant la naissance : les vrais miracles du DPI

Novembre 2000 à l’hôpital Antoine-Béclère de Clamart, service du Professeur René Frydman, naissance de Valentin, premier enfant français sélectionné génétiquement. Valentin ne mourra pas comme ses frères quelques années auparavant, d’une maladie génétique grave du foie transmise par sa mère. Alors qu’il n’était qu’un petit amas de huit cellules au fond d’une éprouvette, Valentin s’est vu prélever une cellule afin d’analyser son génome et de s’assurer qu’il n’était pas porteur de la maladie génétique transmise par sa mère. Il a ainsi été sélectionné parmi neuf embryons issus de ses parents [1]. Une fois réimplantées dans l’utérus, les sept cellules restantes de l’embryon testé se sont très bien débrouillées pour donner un petit Valentin en pleine forme qui s’endort dans les bras de sa maman en ignorant tout du petit miracle technique qui lui aura épargné de mourir, quelques années plus tard, d’une maladie génétique grave.

Le DPI, ou Diagnostic PréImplantatoire, est une technique d’analyse génétique réalisée sur l’embryon et destinée aux couples risquant de transmettre une maladie génétique grave à leur descendance. Le couple à risque produit une douzaine d’embryons par FIV (fécondation in vitro ). Chaque embryon, âgé de deux à trois jours, est testé par micro prélèvement d’une à deux cellules dont le contenu génétique sera analysé. Seuls les embryons indemnes, du gène de la maladie transmissible par l’un des parents, pourront être réimplantés dans l’utérus de la mère pour s’y développer.

On estime qu’en France, parmi les couples demandeurs d’un DPI, 28 % sont déjà parents d’un enfant atteint d’une maladie génétique héréditaire et 40 % ont déjà subi au moins une interruption médicale de grossesse, suite à un diagnostic prénatal ayant révélé une anomalie génétique du fœtus. Seul un couple demandeur, sur 5, a déjà un enfant sain vivant… [2] Les demandes concernent la recherche de gènes codant pour une cinquantaine de maladies graves telles que la mucoviscidose, la Chorée de Huntington, la myopathie de Duchenne ou encore l’hémophilie. De cette façon, près de 150 DPI sont réalisés chaque année en France (contre 3000 aux USA), aboutissant à la naissance d‘une cinquantaine d’enfants génétiquement sélectionnés [3].

Au Maroc, plusieurs centres effectifs de PMA pratiquent déjà, avec des taux de succès très honorables [4], la FIV ainsi que l’ Intracytoplasmic Sperm Injection (ICSI). Toutefois, le DPI n’y est pas encore proposé et aucune naissance après sélection génétique n’a donc été enregistrée à ce jour, probablement en raison du coût très élevé que nécessiterait un tel diagnostic, bien que les compétences scientifiques et techniques existent.

Il reste incontestable que le DPI, en offrant à des parents marqués par la fatalité génétique la possibilité d’avoir un enfant sain, est une formidable avancée de la médecine prédictive. Le DPI, faut-il le rappeler, ne soigne rien et ne guérit rien, mais il évite la mise au monde d’un enfant porteur d’une maladie génétique grave. Une belle victoire de la Science sur la fatalité.

2. Sélectionner l’enfant à naître pour sauver l’enfant malade : les bébés médicaments

A l’heure où le premier enfant Français sélectionné, suite à un DPI, venait au monde, une nouvelle application, très médiatisée de cette technique de diagnostic, était testée avec succès aux USA. Un couple d’américains, déjà parents d’une petite Molly condamnée à mourir à court terme d’une maladie génétique (maladie de Fanconi), eurent recours au DPI pour éviter de mettre au monde un deuxième enfant atteint de la même maladie. Cependant, Molly pouvant encore être sauvée par une greffe de moelle, l’enfant à naître fut sélectionné sur un critère génétique supplémentaire ; non seulement il ne devait pas être porteur du gène de la maladie mais en outre il devait posséder un système HLA compatible avec celui de sa sœur malade afin de la faire bénéficier d’une greffe de moelle. Ainsi naquit Adam Nash [5], indemne de la maladie de Fanconi, qui sauva la vie de sa sœur et donna naissance au terme de « bébé médicament ».

Bien que très rigoureusement encadré sur le plan légal, particulièrement en France où les comités de bioéthique ont émis de nombreuses réserves quant à la sélection génétique des embryons humains, le recours au DPI pour donner naissance à des « bébés médicaments » ne manque pas de soulever de nombreuses controverses d’ordre bioéthique, notamment en ce qui concerne les éventuelles répercussions psychologiques de cette méthode sur l’enfant lorsque ce dernier réalisera « qu’il a été conçu pour sauver un frère ou une sœur ». Toutefois, comme le soulignent à juste titre de nombreux spécialistes, faire un deuxième enfant pour sauver le premier n’est pas plus condamnable que faire un deuxième enfant pour donner un compagnon de jeux au premier [6] ! A méditer…

3. Nouvelle technique, nouvelles dérives : du DPI sauveur au DPI de complaisance

En rendant possible la sélection des embryons sur la base de critères génétiques, le DPI a ouvert la voie à une médecine de complaisance visant à satisfaire un fantasme vieux comme le monde : celui de l’enfant parfait.

Les 42 % de cliniques américaines, qui reconnaissent actuellement réaliser des DPI pour des raisons non médicales [7], nous rappellent que nous sommes déjà bien loin de l’honorable vocation première de cette innovation technique qui consistait à faire naître un enfant exempt d’une maladie génétique grave, héritée de ses parents.

Des couples nantis y déboursent des sommes astronomiques pour pouvoir choisir le sexe de leur futur enfant grâce au DPI [8] ! Par ailleurs, certains pays, comme la Grande Bretagne, ont déjà étendu les indications du DPI à la recherche de prédispositions à certains types de cancers [9] (sein, côlon…), alors que les formes les plus fréquentes de ces maladies ne sont justement pas héréditaires ! De même, le strabisme, la maladie d’Alzheimer, l’arthrose font déjà partie des « affections » recherchées par le DPI en Grande Bretagne…

Il n’est pas impossible, dans un avenir bien plus proche qu’on ne le croit, que les cliniques de procréation se lancent dans une dangereuse surenchère en proposant aux parents nantis de choisir un bébé « à la carte » sur la base de critères génétiques de plus en plus éloignés des prérogatives médicales du DPI [10] : quotient intellectuel, couleur des yeux, aptitude au sport, prédisposition à l’obésité et, pourquoi pas, résistance au VIH ? Albert Cohen, éminent spécialiste de l’assistance médicale à la procréation, lance le signal d’alarme en avançant « Dans les dix ou vingt prochaines années, nous serons capables de passer au crible chaque embryon humain pour toutes les anomalies chromosomiques numériques aussi bien que pour de nombreuses affections génétiques […] . Dans un futur différé, on devrait pouvoir identifier divers traits génétiques comme la stature, la calvitie, l’obésité, la couleur des cheveux et de la peau et même le QI… »  [11]

A ce sujet, Jacques Testart, sage parmi les sages, commente non sans humour le difficile choix des parents « Comment choisir entre celui-ci, à 22% de risque asthmatique, et celui-là, à 8% de risque diabétique, ou encore cet autre, à risque indéterminé d’être atteint d’une maladie dont on n’a encore jamais entendu le nom ?  » [12]

4. Cadre juridique du DPI : la loi autorise-t-elle l’Homme à choisir génétiquement son enfant ?

Il y a une cinquantaine d’années, le monde découvrait avec un enthousiasme relatif la structure de la molécule dans laquelle s’inscrit la totalité de notre information génétique : la double hélice d’ADN. Quelques décennies plus tard, la médiatisation intensive des innovations techniques liées à la génétique et à la biologie moléculaire a littéralement propulsé sur le devant de la scène cette molécule universelle détentrice de nos gènes. Les annonces de clonages, de créations d’OGM, de séquençages de gènes, de thérapies géniques et autres manipulations de l’ADN se sont multipliées à une vitesse vertigineuse soulevant en masse des questions éthiques qui, jusque là, tenaient plutôt du scénario de science fiction… Les lois de bioéthique s’efforcent de suivre tant bien que mal ces avancées ultra médiatisées et les membres des comités de bioéthique s’essoufflent à les remettre en permanence au goût du jour, afin d’éviter le pire à chaque annonce fracassante d’une nouvelle prouesse scientifique.

Il en est ainsi du DPI…Si la législation européenne reste, dans son ensemble, favorable au DPI (à l’exception de l’Allemagne qui l’interdit car l’embryon y est considéré comme une personne à part entière, ainsi que l’Irlande, la Suisse et l’Autriche), c’est la France qui fait preuve de la plus grande prudence puisqu’elle n’autorise le DPI que depuis 1999 (soit près de 10 ans après la Grande Bretagne) par un arrêté d’une disposition de la loi de bioéthique de 1994 [13] ; mais sous certaines conditions très strictes afin de couper court à tout risque de dérive eugéniste. L’une des nombreuses clauses imposées stipule notamment que le DPI ne peut rechercher qu’une seule anomalie génétique chez les embryons d’un même couple, ceci afin d’éviter une dérive « bébé à la carte », à l’image de ce qui se passe dans d’autres pays tels que la Grande Bretagne et les USA. En 2004, une nouvelle loi [14], visant à élargir les champs d’application du DPI a vu le jour, autorisant sous des closes très strictes, les bébés médicament.

Au Maroc, le vide juridique flagrant, en matière de Bioéthique, laisse déjà aux seules mains des praticiens l’entière responsabilité de la gestion des embryons surnuméraires congelés (stockage, destruction…) issus des couples ayant eu recours à une FIV. Est-il besoin de rappeler que les embryons, dont le statut devrait être défini par la loi, représentent une « denrée rare » convoitée à l’échelle internationale autant par les couples stériles que par les chercheurs ? En outre, il est probable que les centres de PMA marocains proposeront, dans un avenir proche, le DPI aux parents à risque et soulèveront alors une problématique supplémentaire qui viendra confirmer l’urgence vitale de l’instauration de lois de bioéthique à l’échelle nationale.

5. Bioéthique et DPI : la raison de l’Homme sauvera-t-elle l’Homme ?

Certains hommes, depuis la nuit des temps, rêvent d’améliorer la race humaine. Alors même que Charles Darwin révélait au monde, à la fin du dix-neuvième siècle, l’ingéniosité de la sélection naturelle et sa fameuse théorie de l’évolution, son cousin, Francis Galton, médecin et mathématicien, donnait naissance au terme d’eugénisme en le définissant d’abord comme « la science de l’amélioration de la race »  [15] puis comme « l’étude des facteurs socialement contrôlables qui peuvent élever ou abaisser les qualités des générations futures, aussi bien physiquement que mentalement » .

L’Histoire de l’humanité est tristement parsemée de génocides visant à exterminer des êtres considérés comme inférieurs en les tuant ou en les stérilisants. Sur le plan de la bioéthique, l’une des principales craintes concernant le DPI serait que cette technique nous mène insidieusement vers une forme d’eugénisme plus « feutré », où l’on empêche de naître pour ne pas avoir à tuer… Sans bain de sang ni crimes de masse, des embryons jugés inaptes, non pas à la vie mais aux fantasmes de leurs parents, pourraient être tranquillement détruits dans l’anonymat des fonds de laboratoires sans que l’opinion publique ne s’en soucie. Le DPI pose donc une question bioéthique capitale : quelle est la limite exacte entre une anomalie génétique grave et une autre tout juste handicapante voire simplement inesthétique ? Lesquelles de ces anomalies justifieraient d’empêcher la naissance ? Dans quelles limites sont-elles incompatibles avec une vie heureuse ? Comme le soulignait Jean Rostand [16], à trop vouloir supprimer l’horrible, l’Homme ne risque-t-il pas de supprimer l’indésirable ?

A ce sujet, Didier Sicard, lorsqu’il présidait le Comité Consultatif National d’Ethique français, déclarait «  Je suis profondément inquiet devant le caractère systématique des dépistages, devant un système de pensée unique, devant le fait que tout ceci soit désormais considéré comme un acquis… C’est ainsi que certains souhaitent que l’on dépiste systématiquement la maladie de Marfan dont souffraient notamment le président Lincoln et Mendelssohn. Aujourd’hui, Mozart, parce qu’il souffrait probablement de la maladie de Gilles de la Tourette, Einstein et son cerveau hypertrophié à gauche, Petrucciani par sa maladie osseuse, seraient considérés comme des déviants indignes de vivre  » [17].

Par ailleurs, l’une des conséquences les plus inattendues de la pratique du DPI soulève une autre problématique qui risque de donner du fil à retordre aux praticiens et que le rapport du CIB (Comité International de Bioéthique) de l’UNESCO sur le DPI résume ainsi : «  Il est arrivé, de manière exceptionnelle, que des couples eux-mêmes atteints d’une maladie génétique (surdité, nanisme dû à une achondroplasie) demandent que soit réalisé un DPI et que les embryons porteurs de la même mutation soient sélectionnés pour transfert dans l’utérus, de manière à concevoir volontairement un bébé atteint, dans l’idée que cet enfant s’intégrerait mieux dans la famille. Le Comité international de bioéthique de l’UNESCO (CIB) considère ce type d’approche comme non éthique, dans la mesure où elle ne tient pas compte des nombreux désagréments irréversibles que devra subir sa vie durant le futur individu  » [18]. Difficile dans ce cas pour le praticien d’opposer un refus aux parents sans pour autant les mettre face aux aléas de leur « handicap » et sombrer dans une attitude ségrégationniste…

Toutefois, il conviendrait de relativiser cette crainte d’une dérive eugéniste trop facilement brandie par les détracteurs du DPI : procéder à une interruption médicale de grossesse (IMG) à un stade avancé de la grossesse pour cause de trisomie 21 est aussi « eugéniste », sinon plus, que de ne pas implanter un embryon de huit cellules porteur d’une anomalie génétique ! Dans cet esprit, le DPI serait même « salvateur » pour les patientes en leur épargnant la terrible épreuve physique et morale d’une IMG. En réalité, c’est la nouvelle possibilité de choisir entre plusieurs embryons introduite par le DPI qui génère l’inquiétude quant aux critères de sélection retenus et qui pourrait effectivement ouvrir la voie à une dérive eugénique. Il semble cependant injustifié, à l’heure actuelle, au regard du faible nombre de DPI réalisés dans le monde, d’être totalement alarmiste à ce sujet même si les titres à sensation largement véhiculés par les médias ne contribuent malheureusement pas à rassurer les esprits sceptiques. En effet, il faut tout de même reconnaître que l’expérience Française d’un encadrement législatif strict, dicté par des lois de bioéthiques régulièrement revisitées, semble parfaitement faire ses preuves contre toute utilisation abusive ou injustifiée du DPI, ce qui devrait calmer dans leur élan les farouches détracteurs de cette technique.

En plus des considérations précitées, le DPI soulève dans ce cas une autre problématique majeure de la bioéthique : le statut de l’embryon. Certes, il s’agit là d’embryons de trois jours, de microscopiques petits amas de huit cellules à peine. Mais la réponse est encore très loin de faire l’unanimité, particulièrement quand viennent s’y rajouter des considérations religieuses et quand on sait que la nature elle même se charge d’éliminer plus de 60 % des embryons conçus par un couple très tôt après la fécondation pour cause d’anomalies chromosomiques. En outre, si à l’heure actuelle, les embryons humains sont soumis à une sélection génétique grâce au DPI, rien n’empêche, techniquement parlant, leur modification par addition d’un ou plusieurs gènes, ce qui en ferait purement et simplement des OGM. Seules des considérations éthiques freinent encore cette dérive, véritablement alarmante, qui est déjà pratiquée chez l’animal.

Le débat est loin d’être clos… Est-il cependant utile de rappeler que la majorité des pays à travers la planète, dont le Maroc, pratiquent déjà la FIV et que celle-ci s’accompagne inéluctablement d’une destruction délibérée des embryons en surnombre qui n’ont pas été implantés dans l’utérus maternel ? Tous ces pays, ont-ils pour autant légalement défini le statut de l’embryon et élaboré des lois de bioéthique ? En attendant, les embryons « réformés » ou surnuméraires du DPI viennent grossir les rangs des milliers d’embryons actuellement congelés… [19] A l’échelle du Maroc, où la gestion des embryons surnuméraires s’effectue dans un flou juridique et éthique absolus, rien dans la loi actuelle n’empêche la sélection génétique des embryons. Seul le coût inhérent à ce type de diagnostic retarde son implantation.

6. Un nouveau rôle pour l’université : former et informer sur la bioéthique !

Edgar Morin, éminent philosophe français et chercheur au CNRS, nous rappelle que « La science est une affaire trop sérieuse pour uniquement la laisser dans les mains des scientifiques … ». La première enquête auprès de l’opinion du grand public sur la bioéthique achevée en 2007, a révélé que 48% des personnes interrogées estiment que le DPI est une très bonne chose, 36% pensent que c’est une avancée importante pour la médecine et 16% jugent que « c’est aller trop loin ». On peut, cependant, décemment se demander si les personnes interrogées étaient suffisamment informées sur les risques inhérents à cette technique, ce qui soulève une autre urgence vitale liée aux « exploits » de la génétique : l’enseignement et l’information sur la bioéthique [20]. A ce sujet, l’université peut jouer un rôle crucial en encourageant le déploiement de formations en Bioéthique destinées aux étudiants en Sciences de la vie, particulièrement ceux appelés à intégrer les laboratoires biomédicaux pratiquant des biotechnologies de pointe : Assistance médicale à la procréation, cancérologie, génétique humaine [21]… De plus, l’université, qui dispose d’un panel de compétences multidisciplinaires : Biologie, Médecine, Théologie, Droit…, constitue l’espace idéal pour mener un débat bioéthique citoyen à même d’initier un encadrement légal et réglementé des biotechnologies précitées. Un tel débat, plus de nature philosophique et éthique que technique, ne pourrait ignorer les questions des droits de l’Homme soulevées par la tendance actuelle à la marchandisation du corps humain et à la mise en danger de son intégrité qui découle des progrès des biotechnologies. A ce titre, le Conseil Consultatif des Droits de l’Homme (CCDH) constitue un acteur incontournable dans l’instauration d’un débat bioéthique à l’échelle nationale.

Conclusion

En conclusion, à l’heure où plus d’un enfant sur 100 est conçu hors de l’organisme maternel dans certains pays disposant d’une médecine de pointe, on ne peut nier que le DPI fait des milliers de couples heureux à travers le monde et contribue à lutter efficacement, à petite échelle (pour l’instant !), contre la transmission de certaines maladies génétiques graves de parents à enfants. Toutefois, prétendre à l’heure actuelle que cette technique nous expose d’ores et déjà à de graves dérives eugénistes et mercantiles semblerait quelque peu alarmiste même si «  la rencontre de la procréation assistée avec la génétique pourrait signer un des plus grands bouleversements de l’histoire de notre espèce. On peut prévoir que les prochaines générations auront la possibilité de choisir, pour une large part, l’identité de leur progéniture et, par là, celle des générations ultérieures  » [22]. En effet, l’instauration de lois de bioéthique régulièrement mises à jour et définissant le cadre du recours au DPI semble être une prévention raisonnable et suffisante contre toute utilisation abusive de cette technique innovante.

Bibliographie

AUBERT-MARSON D. (2005), « Les politiques eugénistes aux Etats Unis dans la première moitié du XXe siècle » in Médecine/Sciences , 21, pp 320-323.

BARUCH S. (2008), « Genetic testing of embryos : practices and perspectives of U.S. IVF clinics » in Fertility and Sterility , 89, pp. 1053-1058

BOUAMOUD N. et AMZAZI S. (2008), « Bioéthique : Enseigner la Conscience de la Science » in Prospectives Universitaires , n°1, pp.29-36.

Décret du 23 Décembre 2006 précisant la loi n°2004-800 du 6 août 2004 relative à la bioéthique.

GRADY D. (04/10/2000), « Son Conceived To Provide Blood Cells For Daughter » in The New York Times, New York.

KERR BERNAL S. (2004), « Ethical offspring ? » in Journal of Andrology , 5, pp . 667-670.

Loi n°94-654 du 29 juillet 1994 relative à l’utilisation des éléments et des produits du corps humain, à l’assistance médicale à la procréation et au diagnostic prénatal.

Les enjeux de l’assistance médicale à la procréation au Maroc (2008) in Repère médical , n°6, Casablanca.

Master spécialisé en Sciences et Technologies de la Vie et de la Santé, Faculté des Sciences, UM5A-Rabat.

MITCHELL A. (24/09/1997), « Clinic to sift out bad genes » in Globe and mail, Toronto.

NAU J-Y. (25/07/2007), « Prévention in vitro d’une prédisposition à des cancers » in Le Monde , Paris.

Rapport du CIB (24 Avril 2003), Le Diagnostic Génétique Pré-Implantatoire et les Interventions sur la Lignée Germinale.

Rapport annuel de l’Agence de la Biomédecine (2007).

Rapport Annuel : Bilan des activités de l’Agence de la Biomédecine –2007.

SICARD D. (04/02/2007), « La France au risque de l’eugénisme » in Le Monde , Paris.

SPAR D. L. (2006), « The Baby Business : How Money, Science, and Politics Drive the Commerce of Conception », Harvard Business School Press.

TESTART J. (1994), Le Désir du gène , éd. Flammarion, Paris.

TESTART J. (1999), Des hommes probables : De la procréation aléatoire à la reproduction normative , éd. Seuil, Paris.

TESTART J. (2000), des grenouilles et des hommes, conversations avec Jean Rostand , éd. Points, Paris.

VIVILLE S. (2001), « Le diagnostic pré-implantatoire en France : Bilan d’activité du groupe d’étude et de travail du diagnostic pré-implantatoire (GET-DPI) – Année 2000 » in Médecine/Sciences , 17, pp. 919-923.

Webographie

COHEN J. « Le Diagnostic Pré-implantatoire, Fiche Pédagogique » in http://www.genethique.org

PONCIN J. (2002), “Le DPI…ou choisir l’enfant à naître ? » in L’Observatoire de la génétique , n°3, mai 2002 , http://www.ircm.qc.ca/bioethique/obsgenetique

Notes :

[1] KERR BERNAL S. (2004), pp.667-670.

[2] VIVILLE S. (2001), pp. 919-923.

[3] Rapport Annuel : Bilan des activités de l’Agence de la Biomédecine –2007.

[4] Les enjeux de l’assistance médicale à la procréation au Maroc (2008) in Repère médical, n°6, Casablanca.

[5] GRADY D. (04/10/2000).

[6] PONCIN J. (2002), “Le DPI…ou choisir l’enfant à naître ? » in L’Observatoire de la génétique, n°3, mai 2002, http://www.ircm.qc.ca/bioethique/obsgenetique

[7] BARUCH S. (2008), pp. 1053-1058

[8] SPAR D L. (2006),

[9] NAU J-Y. (25/07/2007).

[10] MITCHELL A. (24/09/1997).

[11] COHEN J. « Le Diagnostic Pré-implantatoire, Fiche Pédagogique » in http://www.genethique.org

[12] TESTART J. (1994).

[13] Loi n°94-654 du 29 juillet 1994 relative à l’utilisation des éléments et des produits du corps humain, à l’assistance médicale à la procréation et au diagnostic prénatal.

[14] Décret du 23 Décembre 2006 précisant la loi n°2004-800 du 6 août 2004 relative à la bioéthique.

[15] GALTON cité par AUBERT-MARSOND. (2005), pp. 320-323

[16] ROSTAND J. cité par J. (2000).

[17] SICARD D. (04/02/2007)

[18] Rapport du CIB (Avril 2003).

[19] Rapport annuel de l’Agence de la Biomédecine(2007).

[20] BOUAMOUD N. et AMZAZI S. (2008), pp.29-36.

[21] Master spécialisé en Sciences et Technologies de la Vie et de la Santé, Faculté des Sciences, UM5A-Rabat.

[22] TESTART J. (1999).



 

Poster un commentaire

modération à priori

Ce forum est modéré à priori : votre contribution n'apparaîtra qu'après avoir été validée par un administrateur du site.

Un message, un commentaire ?

(Pour créer des paragraphes, laissez simplement des lignes vides.)

Lien hypertexte (optionnel)

(Si votre message se réfère à un article publié sur le Web, ou à une page fournissant plus d'informations, vous pouvez indiquer ci-après le titre de la page et son adresse.)

Qui êtes-vous ? (optionnel)

Suivre la vie du site RSS 2.0 | Couleurs du site | Espace privé
Visiteurs par jour (cumul) : 902 (549346)