Women Health Education Programme

« La santé par les femmes »

WHEP, créé à l’initiative de l’Académie des sciences de France, est un programme scientifique international du GID.

WHEP est chargé d’accompagner des projets nationaux contribuant à l’amélioration de la santé de tous par l’éducation des femmes dans les pays en développement.

GID

Un Programme du GID - Groupe Inter-académique pour le Développement
 

Mortalité maternelle et éducation des filles

Le 10 janvier 2007, par Marie-Thérèse Arcens Somé,

Introduction

Le Burkina Faso a parmi les niveaux de vie les plus bas en Afrique de l’Ouest. Il affiche néanmoins une volonté politique en matière de démocratisation de la société et de bonne gouvernance. Il s’est engagé dès 1991, à ratifier les différentes recommandations qui s’attachent à consolider les droits humains, et donc ceux de la femme et de l’enfant.

En 1991 le Burkina Faso adopte des stratégies nationales pour le renforcement du rôle des femmes dans le processus de développement, assorties d’un plan d’action pour la période 1991-1995. Deux objectifs étaient ciblés :

  1. Renforcer le rôle des femmes dans le développement ;
  2. Optimiser le rôle des femmes dans la génération et le partage des ressources [1].

A partir de 1994, les recommandations de la Conférence Internationale pour le Développement (CIPD) font l’objet de beaucoup d’attention en ce qui concerne la réduction de la mortalité maternelle. Des politiques et stratégies économiques, législatifs et politiques en faveur des femmes et des filles sont élaborées par le gouvernement Burkinabé.

Les femmes sont au sein des sociétés africaines et des familles, celles qui mènent le plus de corvées épuisantes. Dans les textes et les lois burkinabé, la femme a le même statut que l’homme, notamment à travers le code de la famille et la réforme agraire. Dans la réalité, le droit coutumier, qui est le plus suivi au sein des communautés rurales, octroie à la femme un statut inférieur à celui de l’homme, lui interdisant de prendre des décisions même quand il s’agit de sa propre survie ou de celle de ses enfants.
Le droit coutumier confère à la femme un droit d’usage de la terre. Elle est généralement considérée comme « étrangère » par sa propre famille et également « étrangère » par la famille dans laquelle elle entre à son mariage.

1 Les causes de la mortalité maternelle au Burkina Faso

Le taux de Mortalité Maternelle (MM) reste au Burkina Faso un des plus élevés au monde, estimé à 930.000 décès de femmes pour 100.000 naissances vivantes par l’OMS en 2001. Le taux de mortalité néonatale (MNN) est estimé à la même période à 40 pour mille. La mortalité infantile passe de 94 pour mille en 1994 à 105 pour mille en 1998. Il explique pour l’essentiel le taux élevé de la mortalité générale, estimée à 15.2 pour mille.

Les données de l’enquête démographique de santé 2003 montre que la fécondité des femmes burkinabé reste élevée (6.2 enfants par femme) et précoce (48% des femmes a son premier enfant avant le 20e anniversaire).

Les causes de la mortalité maternelle sont multiples, du fait de la grande pauvreté de la population, particulièrement des femmes. 45.3% de la population au Burkina Faso vit en dessous du seuil de pauvreté, qui est estimé en 1998 à 72.690 F CFA par adulte et par an.

La population vit à 90% en milieu rural, malgré un fort exode rural et une forte mobilité géographique. Les femmes représentent 51.8% de la population générale et les enfants de 0 à 14 enfants environ 47.92% de la population.
Avant 15 ans, les hommes sont prédominants, mais à partir de 15 ans, les femmes sont plus nombreuses. Cela est du d’une part à une importante migration masculine et d’autre part à une surmortalité des hommes à partir de 65 ans.

1.1 Les causes de mortalités maternelles inhérentes à la communauté.

Le faible niveau de scolarisation et d’alphabétisation est pour beaucoup dans ce fléau. Il faut compter en plus avec le faible statut économique de la femme, son manque d’accès à la terre et aux instruments économiques, certaines pratiques traditionnelles néfastes à la femme comme le lévirat, l’excision, favorisant les décès maternels et néo natales. 60% des femmes sont propriétaires de volaille et 55% de petits ruminants. Les revenus générés par ces activités ainsi que ceux de l’artisanat, leur permettent à peine de réduire leur dépendance économique, encore moins d’accéder à des crédits substantiels. 94% des pauvres vivent en milieu rural. Il y a une association étroite entre pauvreté et sécurité alimentaire. De plus, la détérioration des conditions climatiques au Burkina Faso ces dernières décennies est alarmante, ce qui a pour conséquence la rareté des ressources en eau, malgré l’accroissement de la population [2].

1.2 Les causes de mortalités maternelles inhérentes aux services de santé

Au Burkina Faso, la grande majorité des accouchements n’est pas assistée par du personnel qualifié. Dans le District sanitaire (DS) de Bogandé dans l’Est du Burkina [3], le Centre de Santé et de Promotion Sociale (CSPS) de Botou est un des sites de l’UNFPA pour le suivi des indicateurs d’utilisation des formations sanitaires (FS). En 2004, les données récoltées sont les suivantes :

  • Sur 678 grossesses, 624 sont attendus au premier trimestre 2004 ;
  • 24 accouchements ont été assistés, soit environ 4% des accouchements attendus.

De nombreux hôpitaux de référence comme les Centres Médicaux avec Antenne Chirurgicale (CMA), les Centres Hospitaliers Régionaux (CHR), les Centres Hospitaliers Nationaux (CHN), ont une faible opérationnalité [4]. Les besoins obstétricaux ne sont pas couverts et les coûts financiers liés à la référence sont trop élevés pour la grande majorité de la population, notamment rurale.

Le taux de mortalité maternelle hospitalière en 1996 est estimé à 5437.1 pour 100.000 naissances vivantes à Ouagadougou et à 2020 pour 100.000 naissances vivantes à Bobo Dioulasso. Cette mortalité touche essentiellement les primipares jeunes de 15 à 20 ans et les multipares âgées de plus de 40 ans. Les circonstances les plus meurtrières proviennent des évacuations sanitaires des centres périphériques vers les hôpitaux nationaux (Ouagadougou et Bobo Dioulasso) [5].

En 2000, seulement 60% des CSPS répondent aux normes établies en personnel de santé. Les CMA et institutions sanitaires en zone urbaine ont un excédent en personnel, toute catégorie confondue, sans pour autant satisfaire aux normes qualitatives.
Ouagadougou et Bobo Dioulasso disposent à eux deux de :

  • 54% des médecins
  • 57% des sages femmes
  • 59% des pharmaciens
  • 33% des infirmiers toute catégorie confondue [6].

En 2000, le pays dispose de :

  • 1 sage femme pour environ 8000 habitant dans les zones de Bobo Dioulasso et de Ouagadougou ;
  • 1 sage femme pour environ 430.000 habitants pour les zones les plus pauvres du territoire ;
  • 1 sage femme pour environ 100.000 à 150.000 habitants pour les zones intermédiaires [7].

Le Burkina Faso est un des pays de l’Afrique de l’Ouest les plus affecté par l’épidémie de SIDA. 6 à 7 femmes enceintes sur 100 sont infectées par le virus et 2 à 3 d’entre elles transmettent le virus à leurs bébés, faute de mesures suffisantes de prévention.

1.3 Les causes de mortalités maternelles inhérentes au politique

Il y a une faible prise de conscience au niveau des décideurs politiques et de la communauté. De nombreux villages et formations sanitaires sont isolés une partie de l’année, particulièrement en saison pluvieuse (juillet à octobre) du fait de l’insuffisance d’infrastructures routières. La majorité des femmes en milieu rural préfère confier leur grossesse à des accoucheuses traditionnelles qui vivent au sein de leur communauté et qui peuvent leur porter secours à tout moment.

2 Education des filles et des femmes

L’âge d’entrée à l’école primaire est fixé au Burkina Faso à 7 ans. En milieu rural, la plupart des enfants sont inscrits au primaire bien après 7 ans.

2.1 Fécondité et niveau d’instruction

L’EDS III montre que l’écart pour le nombre d’enfants par ménage est important selon le niveau d’instruction : 2.8 enfants par femme chez celles ayant atteint le niveau secondaire et plus et 6.7 enfants par femme pour celles qui sont sans instruction. La fécondité est également de 3.9 pour les femmes appartenant aux ménages aisés contre 7.1 pour celles des ménages les plus pauvres [8].

Le taux de scolarisation au secondaire est de 9.63% en 2001/2002. Le taux d’alphabétisation des adultes en 1998 est estimé à 12.9% pour les femmes et à 24.8% pour les hommes [9].

79% des femmes et 69% des hommes ont déclaré dans l’EDS III n’avoir aucune instruction. 4% des femmes et 5% des hommes ont atteint le niveau primaire complet. 4% des femmes et 7% des hommes ont atteint le niveau secondaire et ne l’ont pas achevé
1% des hommes ont déclaré avoir atteint le niveau supérieur contre 0.3% chez les femmes. Malgré la disparité entre hommes et femmes, ces statistiques demeurent faibles pour le pays.

Malgré la disparité entre hommes et femmes, ces statistiques demeurent faibles pour le pays. L’éducation est le moteur du développement d’un pays. Le Burkina Faso reste un pays agraire, peu urbanisé et faiblement mécanisé. Les coutumes et traditions ancestrales rythment encore fortement la vie de la population dans son ensemble.

2.2 Ecart entre filles et garçons en matière d’éducation scolaire

Le Burkina Faso a un taux de scolarisation faible et défavorable aux filles : 42.7% en 2000/2001, dont 33.3% pour les filles contre 47% pour les garçons. La discrimination est due essentiellement aux :

  • traditions,
  • mariages précoces et forcés,
  • insuffisances d’infrastructures scolaires,
  • à l’éloignement des écoles,
  • à l’inégale répartition des tâches aux sein de la famille.

Le tableau montre que l’écart entre les filles et les garçons reste encore important au niveau du primaire dans toutes les régions, particulièrement dans la région de l’Est qui est frontalière du Niger (Fada, Bogandé), celles du Nord et du Sahel, zones des peuples nomades (Peulhs, Bella, Touaregs).
En milieu rural, 79% des hommes et 85% des femmes n’ont pas d’instruction contre respectivement 30% et 43% en milieu urbain.

Conclusion

L’éducation des filles demeure primordiale pour une meilleure prise en charge par les femmes, de leur condition de vie et de leurs grossesses. L’objectif de ce rapport est de montrer que les jeunes femmes ayant atteint le niveau secondaire, sont plus à même de se prendre en charge ainsi que leur famille et de prendre les décisions nécessaires pour le bien-être social et économique familial. Elles subissent moins que les femmes illettrées et celles ayant le niveau primaire les coutumes, et sont capables d’en refuser les pratiques, surtout quand elles s’avèrent néfaste à leur santé.

Notes :

[1] Plan d’action pour la promotion de la femme. 2003-2007

[2] Banque Mondiale. Santé et pauvreté au Burkina Faso. Progrsser vers les objectifs internationaux dans le cadre de la stratégie de lutte contre la pauvreté. Non daté

[3] Article écrit par Moussa Lankoandé de l’Agence D’information du Burkina Faso (AIB).

[4] La capacité d’hospitalisation d’un CMA est de 40 à 60 lits. Celle d’un hôpital national est de 600 à 750 lits. Et la capacité hospitalière d’un hôpital régional est de 140 lits. Statistiques de la Direction des Etudes et de la Planification du Ministère de la Santé 2000.

[5] Ouedraogo C. et al. La mortalité maternelle au Burkina Faso. Evolution et stratégie nationale de 1988 à 1997.

[6] Banque Mondiale. Santé et pauvreté au Burkina Faso : Progresser vers des objectifs internationaux dans le cadre de la stratégie de lutte contre la pauvreté. Non daté.

[7] Idem

[8] Enquête Démographique 2003. Rapport de synthèse. Burkina Faso.

[9] Ministère de la promotion de la femme. Juillet 2003. Plan d’action



 

Commentaires de l'article

 
KPODA N Marius
Le 13 novembre 2007

Bonjour à toute l’équipe !

j’étais entrain de faire une recherche sur l’exode rural feminin au Sud-Ouest du Burkina lorsque je suis tombé sur votre site. Touché par votre action à l’endroit de l’éducation de la jeune fille j’ai trouvé que votre structure peut prêter une oreille attentive à un cri d’alarme que je lance depuis des années sans succès. Je suis originaire de Djipologo un carrefour stragique entre Dano, Dissin et Diébougou. Notre école créée depuis 1978 par la coopération allemande pour le compte des AVV (aménagement des vallées des Voltas) a accueilli en son sein de nombreuses filles, mais jusqu’aujourd’hui, celles qui ont réussi se compte sur les bouts du doigts. les parents de ces filles n’ont pas eu foi en l’avenir de leurs enfants suite à certaines erreurs de parcours (grossesse, redoublements). Sans souvent chercher à connaître les causes de ces fautes, ils mettent fin à leurs scolarisation. Touché par ce phénomène, j’ai fondé une association des secondaires et étudiants de Djipologo)reconnue au niveau de la province du IOBA. Les objectifs visés sont :

• Développer un esprit de solidarité entre élèves, étudiants et fonctionnaires ressortissants de Djipologo ;

• Partager les idées et les expériences acquises pour un meilleur succès dans les études ;

• Et participer au développement socio-économique du village.

L’un des projets qui nous tiennent à coeur c’est la création d’un librairie et d’un fond qui nous permettront de donner toutes les chances à tous les élèves d’aller à l’école avec toutes leurs fournitures scolaires et leur scolarité.

Nous signerons en effet des contrats avec chaque parent d’élève qui veut notre soutien et son groupement. Nous lui fournissons fournitures et scolarité. cet acte l’empêchera de bazarder les récoltes et nous récupérerons les fonds à la ventes des cotons. Mais pour toutes les filles leurs parents n’auront pas à nous rembourser la scolarité.

Depuis que nous avons muri l’idée nous sommes en quête de fonds et au moment où je vous écris nous n’avons pas eu de soutien et les fonds récoltés par nos activités ne représentent rien. Voici le message que je tient à faire passer.

Puisse-t-il trouver un bon accueil auprès de vous.

 
Jacques Fröchen
Le 8 février 2008
Cher Monsieur, Pour des raisons techniques qui m’échappent, je n’ai eu connaissance de votre commentaire du 13 novembre que très récemment, et je vous prie d’excuser notre retard à vous répondre. Votre analyse de la situation des filles relativement à l’éducation dans votre région paraît judicieuse, de même que les objectifs de l’association que vous avez fondée pour y remédier. Cet engagement ne mérite que des encouragements chaleureux, de la part d’un Programme de promotion de tous les modes d’éducation à la santé pour le femmes, les jeunes filles, et bien sûr à terme les familles. Il nous faut préciser cependant que WHEP n’a pas de budget et n’est pas un bailleur de fonds. Il vise à encourager les actions du type de la vôtre, à l’aider par l’apport de connaissances scientifiques relatives au domaine, validées par les plus hautes autorités scientifiques et académiques. Il peut également faciliter les contacts avec des bailleurs et organismes divers, en "labellisant" les actions entreprises. Si vous pensez que nous pouvons vous aider en quoi que ce soit, n’hésitez pas à me contacter à l’Académie des sciences. Nous vous remercions en tout cas des informations que vous nous avez apportées, et souhaitons plein succès à votre association. Avec nos cordiales salutations. Jacques Fröchen Directeur du WHEP
 

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