« La santé par les femmes »
WHEP, créé à l’initiative de l’Académie des sciences de France, est un programme scientifique international du GID.
WHEP est chargé d’accompagner des projets nationaux contribuant à l’amélioration de la santé de tous par l’éducation des femmes dans les pays en développement.

Le 25 avril 2007, par Francis Segond,
Le programme WHEP, avec le soutien de l’IAP (InterAcademy Panel for international issues) a pour mission de définir les stratégies et les méthodes qui aideront les femmes du monde à prendre en main leur éducation et celle de leurs proches afin de mieux maîtriser les problèmes de santé et d’environnement. Grâce à ses actions ponctuelles (comme le projet EPLS au Sénégal) ou généralistes (échanges d’information et plate-forme de communication entre les acteurs de terrain), WHEP, dans la mesure de ses – faibles – moyens, concourt à réaliser un des objectifs majeurs du Millénaire pour le Développement des Nations Unies (voir le site) dont cinq des huit points concernent la santé des femmes, des mères et des enfants.
Nous avons déjà défini dans les pages de ce site les ambitions de notre programmes et avons répondu, autant que possible, à la question « Qu’est-ce que WHEP ? » ; il nous paraît maintenant opportun de présenter « Qui est WHEP ? », quelles sont les personnes qui se sont investies dans cette mission ? Qui sont les « acteurs de terrain » de WHEP ?
Nous publierons donc, une fois par mois, une interview de ces femmes et de ces hommes qui donnent vie aux actions et aux projets suscités et développés par ce programme.
Je m’appelle Marie-Thérèse Arcens Somé, 44 ans, née au Sénégal, mariée depuis une quinzaine d’années à un médecin Burkinabé et vivant depuis mon mariage au Burkina Faso. J’ai deux enfants, une maîtrise de sociologie et un DEA de géographie du développement. J’ai travaillé depuis 1989 dans le domaine du développement communautaire et de la recherche action. Mes thèmes de prédilection ont été l’éducation pour la santé avec les associations féminines, l’éducation des enfants et adolescents à l’intérieur ou hors du système éducatif de référence.
Depuis un peu plus d’an, je me suis focalisée sur l’ouverture d’une crèche halte garderie à Ouagadougou, ouverte en novembre 2006. Ce désir s’est développé en 2004, lorsque j’étais dans une équipe de recherche scientifique internationale pour un programme de deux ans sur la santé maternelle. J’ai eu beaucoup de difficultés pour la garde de mon bébé né en 2003, d’autant plus que mes bureaux étaient partagés entre Ouagadougou et Bobo Dioulasso. Actuellement, j’ai fait une demande pour intégrer un centre de recherche scientifique au Burkina Faso et mon but est de poursuivre le travail déjà commencé dans le domaine de la recherche concernant la place des femmes dans l’Afrique d’aujourd’hui.
L’Institut Académique de Paris a organisé une grande réunion à laquelle j’ai été invitée à produire une communication, il y a de cela 3 ans. L’objectif de cette assemblée était la mise en place du programme WHEP. Quelques mois plus tard, le professeur Capron m’a demandé de rejoindre le comité scientifique du programme, ce que j’ai fait avec beaucoup de plaisir d’autant plus que je travaille depuis de longues années sur le thème identifié par le programme WHEP.
Ce programme s’intègre pleinement dans mes préoccupations professionnelles et personnelles. J’ai toujours pensé que l’Afrique en particulier effectuera un véritable bond en avant quand une majorité de filles et de femmes aura accès à l’éducation et à la santé. Ce sont les domaines prioritaires que les gouvernements Africains devraient largement financer pour parvenir à l’amorce d’un processus de développement durable en afrique.
Personnellement, et au sein de ma famille au sens large, je suis plus encline à financer les études des petites filles qui font leurs études primaires au village où qui parviennent au collège, et je facilite la vie (logement, alimentation, scolarité) à celles qui sont arrivées à un niveau d’étude professionnelle et technique (hôtellerie, stylisme, couture). Je le fais parce que je suis convaincue que les filles bien éduquées sont l’avenir de l’Afrique.
Au Burkina Faso en particulier et en Afrique en général, le problème majeur dont il faut détruire la racine concerne les pesanteurs socio-culturelles. Les femmes et les enfants sont les catégories de personnes qui les subissent le plus, car ils n’ont aucune décision à prendre même en ce qui les concerne. Les femmes sont des exécutrices dans tous les domaines de la vie, alors qu’elles ont très peu accès à l’éducation et à la santé. Elles ne peuvent même pas décider par elles-mêmes des soins qu’elles souhaiteraient obtenir en cas de grossesse ou de maladie grave. Elles dépendent largement des hommes alors qu’elles sont les grandes productrices dans le domaine agricole. Elles sont responsables de la santé et de la survie alimentaire des enfants et des vieilles personnes, alors que leurs activités sont très peu rémunératrices. Quand elles sont enfants, elles sont sous la tutelle de leur père et quand elles sont mariées, elles sont sous l’autorité de leur conjoint. Le fait est que les parents pensent gaspiller de l’argent en éduquant leurs filles et les conjoints pensent que leurs épouses sont des biens qu’ils ont pu obtenir grâce à une dot, qu’ils doivent bien entendu rentabiliser.
Lutter contre les pesanteurs culturelles équivaut à combattre l’analphabétisme et à permettre aux populations les plus isolées de recevoir les informations en matière de santé, d’éducation, de politique, etc.
Je pense que WHEP est une initiative fabuleuse qui devrait être largement documentée et disséminée de diverses manières à travers les académies, les universités et instituts des sciences, les ONG, les ministères compétents. Le domaine à encourager est pour moi l’éducation des filles en milieu rural et leur suivi afin de réduire au maximum les déperditions en cours de scolarité, surtout du fait de problèmes de santé, d’argent, ou de mariage précoce. J’ai une pensée particulière pour toutes ces fillettes qui n’auront pas la chance de poursuivre leurs études, parce qu’elles ont perdu leur père ou leur mère, ou à cause d’un mariage précoce.
En 2003, j’ai fait une étude pour le compte d’une ONG internationale sur les enfants travaillant et vivant autour des gares routières. Cette ONG s’intéressait particulièrement au cas des filles des commerçantes qui passaient la journée et une partie de la nuit dans la gare pour vendre leurs produits aux passagers des bus de transport et des camions internationaux en transit. La situation est alarmante pour ces petites filles qui semblent n’entrevoir leur avenir que dans le petit commerce et la prostitution occasionnelle. Il est temps d’avoir de l’ambition pour les filles et les femmes Africaines et du Tiers monde, afin qu’elles soient capables de se projeter vers un avenir radieux construit par une meilleure instruction et un respect de leur identité de femme et d’humain.