« La santé par les femmes »
WHEP, créé à l’initiative de l’Académie des sciences de France, est un programme scientifique international du GID.
WHEP est chargé d’accompagner des projets nationaux contribuant à l’amélioration de la santé de tous par l’éducation des femmes dans les pays en développement.

Le 21 juillet 2007, par Mouctar Diallo,
La tuberculose, maladie ancienne connue depuis la haute antiquité, conserve encore de nos jours toute son actualité. Fidèle et douloureuse compagne de l’homme, elle s’est adaptée à toutes les mesures de lutte qui ont été mises en œuvre contre elle depuis plus de cinquante ans, et se pose en véritable défi pour l’humanité. Des fouilles archéologiques ont permis de découvrir des momies égyptiennes portant la trace de la maladie. En Grèce, Hippocrate et Galien ont observé et décrit la maladie. En Amérique du Nord elle est mentionnée dès 1633 dans les récits des Jésuites. Cependant, il faut attendre 1882 pour que le bacille soit isolé par Robert Koch. Le bacille dénommé mycobactérium tuberculosis est l’agent de la tuberculose humaine. La contamination est interhumaine, favorisée par les gouttelettes émises lors de la toux d’un malade portant des lésions pulmonaires généralement excavées. La maladie peut atteindre tous les organes, et le diagnostic se fait quasi exclusivement par l’examen bactériologique des crachats, la radiographie des poumons n’étant utilisée que dans l’intention d’apprécier l’étendue des lésions pulmonaires.
Une autre source (Jacques Chrétien1995 : 7) rapporte que
Pour compléter la description de ce sombre paysage en Afrique, environ 35% des personnes atteintes de tuberculose sont porteuses du VIH, alors que ce taux s’élève à 8% à l’échelle mondiale. En 2003, environ 80% des personnes atteintes à la fois par la tuberculose et le VIH qui sont mortes provenaient de l’Afrique (Aide mémoire sur le sommet de l’Union Africaine, Mai 2006 à Abuja Nigeria).
Comme pour aggraver une situation déjà fragile, des problèmes d’observance du traitement, par les malades, se posent aussi largement dans la plupart des pays en développement mettant gravement en péril, les investissements et les acquis de ces dernières années. Au Sénégal, le taux d’abandon du traitement était de 25% en 2001 pour la moyenne nationale, pouvant atteindre 39% dans certaines régions (Diourbel). En Côte d’Ivoire pour la même année il a été enregistré 15% de perdus de vue (soit 1360 malades) et 2% d’échecs (soit 214 malades). (L. Vidal et all. 2005 : 56, 60).
En Guinée, si l’échelle de grandeur est différente par rapport à l’Afrique et au monde, les tendances restent sensiblement les mêmes. Durant la période 1990 à 2003, 60.612 cas de tuberculose toutes formes dont 40.507nouveaux cas de tuberculose pulmonaire à microscopie positive hautement contagieuse ont été diagnostiqués et traités. Au cours de ces13 années, la tendance affiche une augmentation progressive du nombre des cas de tuberculose notifiés. Ceci pourrait être expliqué par une meilleure application de la stratégie DOTS et l’impact de l’infection à VIH. (Rapport PNLAT, Guinée 2005).
Rappelons que le taux de séroprévalence de l’infection à VIH chez les tuberculeux a connu une progression inquiétante allant de 6% en 1992 à près de 17% en 2001.
En 2004, sur 4.903 nouveaux cas de tuberculose diagnostiqués et mis au traitement 4.246 ont été évalués, ce qui a donné les résultats suivants : 61% de guéris, 10% de traitements terminés 9% de décès. L’échec a été noté chez 1% (soit 27 malades), 10% sont défaillants (soit 415 malades), et 9% ont été transférés. Au total ce sont 442 malades dont le traitement a soit échoué, ou ont disparus pour se confondre dans la population avant d’arriver au terme de leur traitement. La conséquence majeure de cette situation est la sélection et le développement de souches bactériennes multi résistantes aux antibiotiques, qui vont poser dans un proche avenir de sérieux problèmes de santé publique. Même si la multi drogue- résistance ne constitue pas pour le moment une menace sérieuse pour la Guinée. En effet l’enquête réalisée en 1998, la situe à 0,5%.Toutefois, la coordination du Programme de lutte contre la tuberculose est consciente de cette situation et essaie d’y remédier par le renforcement de la supervision et la bonne application des directives techniques.
Face à ces disparités entre les différentes régions du monde vis-à-vis du fléau de la tuberculose, (Arachu Castro et Paul Farmer, 2003) affirment
Si une thérapie efficace existe depuis des dizaines d’années, pourquoi la tuberculose demeure t- elle la maladie infectieuse la plus mortelle au monde ? Pourquoi les malades ne suivent pas leur traitement jusqu’à la fin du traitement, et s’assurer ainsi de la guérison ? Il ne manque pas d’avis sur ce sujet. Dans un article rédigé en 1993, trois pneumologues affirmaient que « ce qui entrave le plus le traitement et le contrôle de la tuberculose c’est la non observance de la thérapie par le patient » (Menzies, Rocher et Vissandjee, 1993 : 36). Ce qui amène à poser une autre question qui consiste à savoir pourquoi cette non observance, est aussi répandue dans la plupart des pays où la tuberculose reste encore un véritable problème de santé publique ?
Arachus Castro et Paul Farmer (2003) pensent que
Même si les variables économiques jouent pour une large part dans la non observance des traitements, d’autres variables, sociologiques ou culturelles pourraient y contribuer de manière importante. On peut y mettre aussi toutes les insuffisances liées aux systèmes sanitaires.
Ces considérations sont aussi valables au domaine de la lutte contre la tuberculose, dont les résultats obtenus sont largement inférieurs par rapport aux ressources investies durant ces dernières décennies.
Face à la diversité des causes de la mauvaise prise en charge des malades dans la plupart des pays pauvres, Bruno Dujardin (2003) préconise « d’adapter les politiques de santé aux besoins des professionnels et aux attentes des patients par la création d’un réel espace de dialogue entre les différents acteurs des systèmes de santé »…Plus spécifiquement dans le domaine de la lutte contre la tuberculose, ce dialogue représente sans doute la seule possibilité de trouver un terrain d’entente suffisamment stable pour construire une relation durable entre soignant et soignés.
L’objectif de ce travail est donc d’identifier à partir d’un éclairage socio-anthropologique, les divers problèmes qui se posent, à la prise en charge de la tuberculose à Conakry. De manière plus spécifique, il s’agit de cerner au plus près le point de vue de la population, des malades et des personnels de santé, afin de disposer d’un outil opérationnel permettant de formuler ultérieurement des recommandations, pour améliorer le fonctionnement du système de prise en charge des malades.